27 nov. 2008

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CARNET D’EPICURE
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Parmi les plus originaux
Les plus respectueux journaux,
Celui dont la lecture
Vous donne un peu de réconfort,
C’est, à mon avis, tout d’abord
Le Carnet d’Épicure.
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Il s’adresse à l’humanité
Toute entière - bien qu’édité
Dans l’Albion voisine -
Puisqu’elle est sous le patronat
De l’excellent saint Fortunat,
Patron de la cuisine.


A quel être délicieux,
De notre estomac soucieux,
En doit-on l’existence ?
Ça n’est toujours pas un grimaud,
Mais plutôt un fils de Grimod,
De rare compétence.

Au surplus, quel qu’en soit l’auteur,
Je le tiens pour un bienfaiteur ;
Son journal charitable,
Où chacun doit trouver profit,
Nous prouve que l’on fait trop fi
Des plaisirs de la table.



Voilà bien des ans révolus,
En effet, que l’on ne sait plus
Manger - ni même boire
Chez nous. N’est-ce pas merveilleux,
Quand on pense à nos fiers aïeux,
De friande mémoire ?


Ils buvaient sec, ils mangeaient dru,
Entourant d’un zèle congru
Leur cave, leur popote.
Aujourd’ hui … vous n’avez plus faim,
Et pour deux ou trois doigts de vin,
Vous êtes en ribote !

Hier, on nous parlait de deux plats
Suffisant pour chaque repas…
Deux maigres ratatouilles,
Sans doute… c’est bien anodin,
Si l’une est de l’eau de boudin,
L’autre brouet d’andouilles…


Je ne tiens pas à mes discours,
Mais j’espère qu’un de ces jours,
O vous, qui n’aviez cure
Jusqu’ici de votre manger,
Vous voudrez bien interroger
Le Carnet d’ Épicure.


« La lampe de votre cerveau
Rayonne d’un éclat plus beau,
Dit-il, quand l’huile est bonne. »
Choisissez-là donc, s’il vous plait,
Sans cela - comme qui dirait -
Elle fume et charbonne.



RAOUL PONCHON
Le Journal
23 mars. 1914

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