20 janv. 2019



Obsèques  de Jean Richepin
16 12 1926

l'ami Raoul Ponchon avec la famille





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7 janv. 2019

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JANVIER
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Avril, l’honneur et des mois
Et des bois,
Avril, la douce espérance
Des fruits qui sont le coton
Du bouton
Nourrissent leur jeune enfance.

( Rémy Belleau ) *
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Janvier, l’horreur et des mois
Et des bois,

Janvier, qui fais que l’année
Débute, on ne sait pourquoi,
Iroquoi-
Sement par être fanée ;

Janvier, terreur des lézards,
Des musards
Qui, sous ton ciel taciturne,
Déplorent ce long sommeil
Du Soleil,
Cachés au fond de leur turne ;

Janvier, l’effroi des oiseaux
Et des eaux
Dont les petites voix douces
S’arrêtent de gazouillir,
De jaillir
Jusques aux premières pousses ;
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Janvier, tu es un torchon,
Un cochon,
Ou, si tu veux, une truie :
Et tu ne sais même pas
Si tu vas
Nous ch… vent, neige ou pluie.

Tu souffles vilainement,
Méchamment
Et sans chalumeaux d’aveines,
La peste et le choléra,
…t’coetera…
Dans le sang pur de nos veines ;

Tu nous fripes le gosier ;
De l’osier
De tes autans tu nous cingles,
Et nous lardes tour à tour
Tout autour
De cent millions d’espiègles ;

Tellement que pour me re-
mettre un peu,
Moi, qui suis un homme sobre,
Il me faut chez le bistro
Boire trop
Du jus chaleureux d’Octobre.



Tout ça ne serait trop rien,
Crois-le bien,
Je n’en souffre outre mesure,
Si tu n’acharnais, fougueux,
Sur les gueux
Ton effroyable morsure.

De Décembre la vertu
- Diras-tu -
Ne te semble pas bien vive,
Et souvent plus meurtrier
Février
Vous met un homme à la rive ?…


Mais Décembre, s’il est froid,
C’est son droit,
Puisqu’il termine l’année,
Il ne saurait être un mois
A la fois
D’âme jeune et surannée ;

Quant au futur Février,
O Janvier !
- Et déjà ma plume en tremble -
Je l’engueulerais aussi,
Dieu merci !
Pour si peu qu’il te ressemble.



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
24 janv. 1897
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6 janv. 2019

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LA " GALETTE DES ROIS "
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Sans que je remonte à Eve,
Il me souvient qu'autrefois
On insérait une fève
Dans la "Galette des Rois"...


Fève, pourquoi ? Je l'ignore.
Il faudrait évidemment
Interroger le folklore
Sur cet usage charmant.


Or, depuis quelques années,
Par ces messieurs boulangers,
Les fèves sont condamnées.
Aujourd'hui ces enragés

Ont horreur de cette graine,
Et vous la remplacent par
Un bébé en porcelaine,
Qui m'est un vrai cauchemar.

Et le mien de gindre est pire
Que tous les autres encor.
Si vous voulez bien me lire,
Vous en tomberez d'accord.

" Que le grand Diable me crève,
Si je trouve dans Paris,
Me disait une fève
Qui ne soit pas hors de prix ! "


J'acceptais cette défaite
Pendant longtemps.. Et puis,
Toute réflexion faite,
Un jour, qu'est-ce que je fis ?

J'achetai, dans la banlieue,
Un terrain - oh ! pas bien grand...
Soit d'un dixième de lieue
En carré, pour être franc.

Et j'y semai de la fève,
Fin Mars, je n'ai pas besoin
De vous dire. Ah ! quel rêve
Ce fut vers la fin de Juin.

Grâce à la température
De ces trois mois, sans sursauts,
J'eus des rêves, je vous jure,
De quoi remplir cent boiseaux !


Six mois après ou tout comme,
La veille du Jour des Rois,
J'allai trouver mon bonhomme
Avec mes cent boisseaux. - " Vois,

" Lui dis-je, voici des fèves
En quantité, comme tu
N'en vis jamais dans tes rêves.
Ecoute bien, vieux têtu !

" Tu voudras bien en mettre une
Dans ma galette, demain,
Ou, j'en atteste la Lune,
Tu périras de ma main.

" Je t'abandonne le reste.
Donne-les à tes souris...
Quant à moi, je m'en déleste,
Est-ce compris ? " - " C'est compris. "

J'aurai ma fève, sans faute,
Pensais-je en me retournant.
Mais je comptais sans mon hôte.
Croyez-vous que le manant



Mit encor dans ma galette,
Comme les ans précédents,
Sa porcelaine indiscrète,
Et je m'y cassai trois dents !

Qu'auriez-vous fait à ma place ?
Pour moi, je n'hésitai pas :
Car j'allai, de guerre lasse
Le massacrer, de ce pas.

Traduit devant les assises,
Certes, je fus acquitté.
Et s'il faut que je précise,
Oh ! combien félicité !


RAOUL PONCHON
le Journal
6 janvier 1908

1 déc. 2018



J'ADORE LA VIE
     
"J'adore la vie."
(Une vieille Anglaise)

Aujourd’hui, la bonté du Ciel est manifeste.
Je me parais tout chose et me semble tout leste ;

Je sauterais fort bien par-dessus les maisons,
Mais les sergeots viendraient me chercher des raisons ;
Je vais donc consentir à fouler le bitume,
Si le vent ne m’emporte en l’air comme une plume;

Où dois-je aller ? .....................................
.....................................Parbleu, je veux aller tout droit
Devant moi, tel endroit vaut bien tel autre endroit.
Ce sont assurément ces messieurs pessimistes,
Crimedamourachards et cruellénigmistes
Qui font courir le bruit qu’il est des endroits tristes.
Moi, j’avoue humblement que je n’en connais pas,
Et je suis bien partout où me portent mes pas,
Fût-ce en prison ou même en le sein du trépas.

Voilà, me direz-vous, un heureux caractère.
Voui. Je n’en connais pas un pareil sur la terre.
Tout me va, me ravit, me chausse comme un gant,
Le beau, le laid, le neutre avec l’extravagant,
Tout ce qui est, n’est pas, et toute la chimère,
L’âpre génie, ainsi que la bêtise amère,
L’éternel Meissonier et le sempiternel
Bouguereau, qui des pieds est bien le colonel ;
Toute l’humanité me semble pitoyable,
Et je serais copain bien vite avec le diable.

Je m’accommode aussi de toutes les saisons,
Et comme je l’ai dix cent fois dans mes chansons,
Qu’il fasse du soleil, ou tombe de la merde,
Je m’en bas l’œil avec une fourche, sur l’air de
Dans la nature où tout est bon
Il convient que rien ne se perde.

La plupart des humains ne sont jamais contents,
Les uns voudraient l’été lorsque c’est le printemps,
Ceux qui ont femme blonde en rêvent une brune,
On voit des triples gueux affamés de fortune,
Sans compter tous ceux-là qui désirent la lune.
- Seigneur, donnez-la leur, qu’ils nous foutent la paix. -
Or ça, continuons. Qu’est-ce que je disais ?
Je disais qu’ aujourd’hui, par extraordinaire,
Le ciel n’avait pas sa gueule de poitrinaire,
Et que j’étais ravi d’être au monde et que tout
M’apparaissait charmant, que j’aille n’importe où.
Oui, depuis ce matin que le soleil rougeoie,
J’ai déjà rencontré mille sujets de joie.
D’abord je suis certain que dans l’air amoureux
Flotte je ne sais quoi de suave et d’heureux,
Et je jure, sans peur de dire des folies
Que les femmes aussi sont toutes plus jolies ;
Je vais même plus loin. Je ne suis qu’un bison
Si la maison n’est pas ce matin plus maison,
Le ciel trois fois plus ciel, l’arbre quatre fois arbre.
Paris me paraît être une ville de marbre,
Pleine de très beau monde, et très intelligent
Et qui aurait bien entendu beaucoup d’argent ;
Moi-même je me crois un gros propriétaire
Et je viens de toucher de l’or chez mon notaire.
C’est fabuleux, vraiment. N’imaginé-je pas
Que je pénètre dans la vie, à chaque pas,
Que ce n’est plus avec mes deux yeux de la veille
Que je vois tout le monde et que je m’émerveille ?
Que je trouve tout beau, tout bien et tout plaisant,
Et le plus dégoûtant des hommes, complaisant.



C’est ainsi que je vais, au hasard, dans la foule,
Titubant de gaîté, comme une femme soûle,
Et tout chemin est bon, meilleur, parfait, divin,
Du moment qu’il conduit chez un marchand de vin.

RAOUL PONCHON
Le Courrier Français
18 mai 1890

28 nov. 2018

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.CHRYSANTHEMEGALOMANIE
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Est-il bien nécessaire,
- Me demandait Delorme -
Qu’une fleur soit énorme
Pour avoir de quoi plaire ?


Il me parlait ainsi
Au dernier rendez-vous
Des chrysanthèmes fous

Exposés ces jours-ci.

Et je lui dis : « Delorme,
Il n’est pas nécessaire,
Pour avoir de quoi plaire,
Qu’une fleur soit énorme.


Et, tenez… bien qu’encor
Ces chrysanthèmes-ci
Nous étalent ici
Et leur pourpre et leur or ;


Bien qu’ils soient homériques,
Prodigieux, féeriques,
Superlatifs, lyriques
Et fantasmagoriques,



Tout ce que vous voudrez…
Pourquoi resté-je froid,
L’avuerai-je… à l’endroit
De ces exaspérés ?…


C’est que les chrysanthèmes
Semblent de la réclame ;
Ne me vont pas à l’âme ;

C’est qu’ils sont froids eux-mêmes.

Ils ont l’air de poser ;
Ils sont chiques, truqués,
Compliqués et toqués.
Autant me dégoiser


De la littérature.
Ce n’est pas de la sorte
Oh ! non - que se comporte
Cette vieille Nature.


Quand elle veut des fleurs
Géantes, en effet,
Elle-même les fait,
Et règle les couleurs.



Pourquoi par des tortures
Changer leur habitude,
Les mettre en servitude
En des carcères dures ?


Agrandir leur format,
Leurs nuances, leur port,
Qui ne son pas d’accord
Avecque nos climats ?


Aimez les chrysanthèmes
Spontanés de la France
Sans plus d’exubérance
Laissez-les être eux-mêmes.


Et pourquoi pas des lys
Hydropiques, crétins ?
Des myosotis atteints
D’éléphantiasis ?…


Il n’est rien d’aussi bête,
O jardiniers moroses
Que de vouloir des roses
Grosses comme ma tête…



C’est aussi scandaleux
Que porter vos soins vers
Les camélias verts
Ou les dahlias bleus.


Ainsi donc, ô Delorme,
Une fleur, pour nous plaire,
Sans être poitrinaire,
Ne doit pas être énorme,


Mais, telle je la veux,
Qu’une femme d’abord
La puisse sans effort
Mettre dans ses cheveux.


RAOUL PONCHON
Le Courrier Français
novembre 1903




GUSTAVE SOURY, peintre du cirque, dessine RAOUL PONCHON


Gustave Soury (1874-1966) est un peintre animalier et affichiste, passionné par le monde du cirqueIl a rassemblé une collection importante d'affiches et de photographies. Sa collection comporte 4 617 photographies et 2 331 cartes postales. Plus de 600 affiches de sa collection permettent de retracer l'histoire des fêtes foraines entre 1880 et 1914.

Il est considéré comme un des plus grands affichistes de cirque français.
Sa capacité à noter les détails anatomiques les plus représentatifs chez les bêtes est certainement indissociable des talents de Gustave Soury comme caricaturiste. C'est ce qu'il fit sans concession avec Ponchon.

Mieux connaître Gustave Soury
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21 déc. 2017




Enfin, voici l’Hiver



Enfin, voici l'hiver admirable et charmant ;
Avec ça nous avons un bon gouvernement,
- Parait-il - car pour moi, j'aime autant vous le dire,
Ce détail n'a jamais préoccupé ma lyre.
Enfin, voici l'hiver titubant et tremblant
Et plus blanc mille fois que n'est un merle blanc,
Quelle joie ! O saison frileuse de décembre ;
Joseph, donnez-moi vite une robe de chambre.
On ne va plus suer aux portes des cafés.
En se noyant avec des breuvages frappés
On ira s'enfumer au fond des brasseries,
Boire, bien entendu, mêmes saloperies ;
Mais tout ce que l'on boit dans un intérieur
Parait, à mon avis, bien autrement meilleur.


En été, voyez-vous, quand vous boiriez la Loire
Vous avez toujours soif, et vous auriez beau boire,
Le terrible soleil pompe votre cerveau
Et tout parait en somme aussi fade que l'eau ;
Si vous buvez de la bière comme un boruss,
C'est comme si vous chantiez pour le roi de Prusse ;

Vous n'êtes bon à rien : vous suez, voilà tout,
Comme je vous le disais si bien tout à l'heure.
Si j'étais seulement un peu millionneure
Au lieu du chaud été, coiffé d'un casque vert
Je pourrais me créer un hermineux hiver.


Et pendant que les gens coulent sur le bitume,
Ramassé comme un chat dans un fauteuil de plume
Boire tout à mon aise, avec quelques amis
Et cette rude soif que le ciel m'a permis.


Chimères ! il me faut accepter telles quelles
Les saisons avec les facheux contre-temps qu'elles
Comportent. Ah ! la vie est de maux un tissu
Et celui qui l'a fait n'en a jamais rien su ;
Ou, sans doute il l'eût fait d'une meilleure sorte ;
Enfin, quoi qu'il en soit, que le diable l'emporte.



Voici venir l'hiver, l'hiver délicieux
Et le cruel soleil ne chauffe plus nos cieux.
En été, l'on ne peut manger, non plus que boire
Et c'est bien là le plus embêtant de l'histoire.



Tout ce que vous mangez est plus lourd que le plomb :
La viande la plus tendre et le joli pain blond.
Il faudrait pour bien faire absorber de l'espace,
Mâcher l'aube, l'aurore, ou bien le vent qui passe,
Des fruits mystérieux aux pulpes d'air tramé
Et mûris simplement par la lune de mai.

Quant à dormir, madame, allez, c'est impossible :
Il serait plus aisé de refaire la Bible ;
Votre corps délicat, et que je crois fort beau,
N'aurait pour se couvrir que l'ombre d'un drapeau.



Vous n'en dormiriez pas, madame, davantage,
Sans compter que la femme a bien plus d'avantage
L'hiver, surtout aux yeux attentifs de l'amant.


Mon Dieu, je ne dis pas cela pour moi, vraiment !
A mon âge, l'on est un amoureux fort piètre :
Quand on prend rendez-vous, on n'est pas sûr d'y être.


C'est surtout à Paris que l'été suffocant
Est lugubre, aussi bien, chacun fiche le camp,
On ne rencontre plus dans la cité paillarde
Que quelques naturels de Brive-la-Gaillarde,
Quelques dents de cheval de la perfide Albion
Et des instituteurs pilotés par un pion ;


Mais, comme il est certain que ces vieilles gravures
Ne vont pas à Paris pour y voir des figures,
Mais bien pour visiter l'illustre Panthéon
Et le tube où l'on voit en haut Napoléon,
Il leur importe peu de rencontrer des zèbres :

Evanouissez-vous, ô visions funèbres.
Voici venir l'hiver délicat et charmant,
Le décor va changer, madame, en un moment,
Vous avez faim, j'ai soif, et cet autre digère
Comme il faut. L'on entend moins de langues étrangères ;
Les Anglais chevalins sont déjà loin d'ici,
Et les provinciaux sont partis, Dieu merci !

Partout sur les trottoirs trempés comme Gribouille,
Ca va, ça vient, ça vire, et ça bouge, et ça grouille ;
Car les Parisiens sont de drôles de corps ;
Plus il fait mauvais temps, et plus ils sont dehors.
C'est que l'hiver, pardine, est la bonne saison
Et les Parisiens l'aiment avec raison.


Dès quatre heures Paris s'étoile de lumières ;
Les colonnes Morisse annoncent des premières
Partout, où vous pouvez, messieurs, na pas aller
Si vous aimez ailleurs aller vous trimbaler ;
Ce ne sont que festins, ce ne sont qu'astragales,
Et divertissements chers au prince de Galles ;



Promenades au Bois, à deux, dans des coupés,
Jambes en l'air (pardon) à la fin des soupers.
Partout des bals, partout des banquers et des fêtes
Avec des sous-préfets, avec des sous-préfêtes.


Dîners officiels avec musique et gaz
Et des fleurs - "trop de fleurs" - comme disait Calchas.
Et ces derniers salons où l'on cause, où l'on flirte,
Où l'écrivain du jour à celui d'hier se heurte.
Je passe, à coup sûr, mainte autre distraction
Dont trop grande serait l'énumération :


Five o clock, cotillon, que sais-je ? Comédies
De paravent que jouent d'anciennes rouchies,
Réceptions, sermons de pères Monsabrés,
Cirques pour gens du monde, et bals masqués, parés,
Enfin tous ces plaisirs que ramène Décembre.
- Ah ! j'allais oublier les musiques de chambre. -
La voilà, la foilà, la saison des galas,
Des gagas, des tla-tlas,laritlas, tralalas.
Ah ça ! me direz-vous : ces plaisirs sont les vôtres ?
Moi ? pas du tout, messieurs, j'aime ça pour les autres ;

Ne m'interrompez pas : il parait que Sadi,
Le poète persan qui nous préside, a dit
Qu'il voulait dans ces murs où Wilson hier encore
Décorait, - décoreras-tu, - je te décore,
Donner des fêtes à tout casser, à l'instar
De César, Balthazar ou Nabopolassar ;


Et chacun sait fort bien qu'on entre à l'Elysée
Comme chez soi, par la porte ou par la croisée,
Car sous la République on est toujours chez soi.


C'est même ce qui fait que je préfère un roi ;
N'importe, puisque nous sommes en République
J'en suis, tout comme un autre un sujet platonique.



Bref, l'hiver a cela de bon, mes chers amis,
Qu'après trois mois durant de plaisirs impermis,
Un matin, au travers vos carreaux blancs de givre
Vous voyez le ciel pur et les lilas revivre.


RAOUL PONCHON
le Courrier Français
11 déc. 1887

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2 avr. 2016


Collection Georges Sirot


Voici un portrait photo inédit de Raoul Ponchon
ici à gauche en bonne compagnie
trouvé dans un recueil d'écrivains connus du début XXème.
Collection Georges Sirot (1898-1977)

2 juin 2015

 
 
 
PONCHON et ses ILLUSTRATEURS
 
MAURICE NEUMON
 
  
WILLETTE
 


STEINLEN
 


HENRI PILLE
 

BALLURIAU
 

7 avr. 2015



Raoul Ponchon, le Sauvage
par
EMILE CRAVOISIER
1882
  
Dessin à l'encre (1882) de l'artiste et journaliste Emile Cravoisier
 
Emile Cravoisier ( 1857-1927) était un publiciste investi dans les questions coloniales.
Dès 1881, il participe à des journaux et publications telle la Dépêche Coloniale et aimait dessiner .
Nous ne savons rien sur cette version originale de Ponchon avec un tel chapeau et habillement plutôt dandy.
En 1882, Raoul Ponchon avait 34 ans.
 
 
 
 
 
 

26 janv. 2015

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BALLADE
en l'honneur de Ponchon
 
 
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Le mal d'ennui sévit en notre temps ;
Il nous éteint, nous jaunit, nous dévore !
Riches, pannés, cancéreux, bien portants,
Guillotinés ou gens que l'on décore,
Tous dans Paris geignent ! Je le déplore,
Mais ne pouvant habiter d'autre lieu,
Je lis Ponchon, en guise d'ellébore,
Il est si bon de s'égayer un peu !

Ponchon est gai parmi les mécontents ;
S'il parle grec, c'est à propos d'amphore.
Il ne lit pas des Sarcey attristants.
Zut pour le cuistre et pour la métaphore !
Quand au chagrin que l'amour fait éclore,
Comme il préfére être seul dans son pieu
,

Il s'en bat l'oeil comme d'une pécore.
Il est si bon de s'égayer un peu !
Banville a fait des vers plus éclatants,
Nisard une oeuvre immense qu'on ignore,
Pierre Véron : "Comme on aime à vingt ans"
Bourget se scalpe et Floupette plangore ;
Mendès sourit au péché de Gomorrhe.
Chez Mallarmé je n'y vois que du feu.

Mais Ponchon seul a le rire sonore :
Il est si bon de s'égayer un peu !
.
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ENVOI.
Toi que Ponchon à trois genoux adore,
Déesse chauve, ô lune du ciel bleu,
Reconduis-le chez lui longtemps encore :
Il est si bon de s'égayer un peu !


 
Raoul Gineste *
le Courrier Français
29 décembre 1889
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(1) Ça dépend... (R. Ponchon)
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