13 oct. 2008

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LA REVUE EN FÊTES
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A Jules Roques et Hugues Delorme.


Quel malheur, mon cher Directeur,
Et toi, son collaborateur
Et son complice, mon cher Hugue,
Qu’il me faille faire une fugue
Vers des pays lointains, des Ouest,
Des Quimper si ce n’est des Brest,
Car j’estime votre Revue
La plus belle qu’oncque j’ai vue,
Et j’aurais voulu la revoir
Et par plaisir et par devoir.
Devoir d’ami, plaisir d’artiste.

Je suis en général fort triste,
Et je m’ennuie atrocement
Quand on me fait du sentiment
Au théâtre et des grandes phrases.
Autant avaler le Caucase.
Grand Art, oh ! comme tu me rases !
Dumas, que tu m’as chagriné !
Sardou, tu me fais déponé.

Une revue à la bonne heure,
C’est comme de Sarah la joyeuse demeure :
On y chante, on y rit, et jamais l’on y pleure
1.


Il fallait rien moins que vous deux
Pour m’issir, le diable m’emporte,
Du maudit état comateux
Dont je jouis en quelque sorte.
Votre revue assurément
Est la meilleure en ce moment :
Non pas parce qu’elle est la seule,
Elle n’est pas non plus l’aïeule ;
Il en est d’autres à côté
Qui ne manquent pas de beauté.
Mais je ne connais que la vôtre.
Et, dame, cela se conçoit,
C’est toujours celle que l’on voit
Qui est la bonne et non pas l’autre.
La Palisse me le disoit
Hier encore en bon françois.

Et certes vous collaborates
Au bénéfice de nos rates.
Ici j’ai noté, s’il vous plait,
Maint satyrique et fin couplet
Dus sans doute à ta verve énorme,
Mon interminable Delorme !
Là, j’ai reconnu votre goût
Dans tel tableau de haut ragoût,
Mon cher Roques, indiscutable.
Puis vous n’avez fait - c’est louable -
A la fameuse question
Qu’une discrète allusion.


Enfin c’est la Revue en Fêtes !
Fêtes pour l’esprit et les yeux
De ces difficiles messieurs.
De petites femmes bien faites
Nous montrent tout ce qu’elles ont
Sur elles. Mince d’horizons !
En vérité l’on se demande
Si l’on vous les fait sur commande.
De plus elles ont du talent.
En vérité c’est cumulant.
La commère est incomparable,
Le compère est inénarrable.
Les autres artistes aussi
N’ont pas leurs pareils, Dieu merci.
Les costumes sont de Willette,
Ainsi donc la fête est complète.
Mais il me faut partir !…
Quand même
Je reviendrai pour la centième.


RAOUL PONCHON
le Courrier Français


1 Inscription sur la villa de Sarah Bernhardt à Sainte-Adresse :
C’est ici de Sarah la joyeuse demeure,
On y chante, on y rit et jamais l’on y pleure.
On se demande quel est le fourneau qui a fourni ce distique. Si c’est Sarah elle-même, il devient excellent.
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