9 oct. 2008

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RAOUL PONCHON
reçoit le prix
DES VIGNES DE FRANCE
1926
les Nouvelles litteraires - n°185 du 1er mai 1926

Francis de Miomandre parle de ce nouveau prix littéraire : "On vient de créer un nouveau prix, le prix des Vignes. J’allais dire du Seigneur, mais non c’est " des vignes de France ". Il s’agit d’encourager un écrivain dont l’œuvre aura mieux fait aimer les qualités de notre terroir, ici symbolisé par son efflorescence la plus puissante : le vin. Personnellement, je trouve cette idée excellente."


Quoi ! le ciel à peine pâlit
Et tu me viens tirer du lit,
Muse, et me dis : - « Il faut écrire !
Il faut écrire quelques vers ;
C’est pour louer les rameaux verts
Dont se vient d’orner une lyre. »

Ah ! qu’importe Apollon vermeil !
Ne m’arrache point au sommeil ;
Il fait trop froid dans cette chambre !
Mais elle répond : - Mon ami,
Ainsi ne faites pas l’endormi ;
Songez aux vignes de septembre.

Ne savez-vous que c’est jeudi ?
N’attendez point l’après-midi ;
Car les Nouvelles Littéraires
Des machines sortent ce soir,
Et demain vous les pourrez voir
Aux devantures des libraires.

Chantez, si c’est votre destin,
Car les gazettes du matin
De Ponchon couronnent les tempes.
- Quoi ! Ponchon ! Serai-je de ceux
Que son nom trouve paresseux ?
Il suffit ; j’allume mes lampes.


Je veux chanter Ponchon de pampres couronné,
Je veux chanter Ponchon dans le jour nouveau-né
Et le soir le chanter encore.
Raoul Ponchon mûrit de Bacchus respecté,
Et sans crainte du sort, l’hiver comme l’été,
Boit les doux présents de l’amphore.

Prenons un char, Madame, et mon cœur ira où l’
On peut par ce matin triste trouver Raoul
Ponchon sous la chaleur des treilles ;
Car un soleil le suit et protège ses jours ;
L’azur sourit ; et s’il arrête aux carrefours,
Les arbres portent des bouteilles.

Quand il ouvre son étendard,
La Seine est fleuve de nectar
Où l’on voit tous les bateaux ivres.
Rimbaud voudrait sauver le sien
Mais la Muse rompt le lien
Qui l’attachait au quai des livres.

Ville, fleuve, tout danse et tourne, et seul Ponchon
Dans le sol enfonçant son grand tire-bouchon,
Rit et demeure en équilibre ;
Et, parmi les lauriers, saluant en l’azur
Phoebus qui lui découvre un royaume futur,
Frappe la terre d’un pied libre.



TRISTAN DEREME

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2 commentaires:

un ponchon averti a dit…

le dessinateur Guilac l'a bien arrangé le Raoul ! je ne sais a quel âge est mort le dessinateur , lui , Raoul à 89 ans... preuve en est que le vin conserve . Ponchon qui se fichait de la réputation sempiternelle de poivrot qu'on lui donnait était plus rusé que la moyenne... il vivait de façon régulière en se dosant parfaitement... la qualité de ses gazettes ne fut jamais altérée dans le temps par des traces de pinard ! c'était un malin.

un peu + à l'av... a dit…

je suis d'accord avec vous. le bien vécu de sa jeunesse dans un milieu apparent ne lui rendit pas bien service mais le temps passant ne lui fut pas hostile, et encore vu le personnage n'exploita pas ce défaut pour faire fortune comme certain le ferait maintenant. C'est un type sympa et de plus talentueux qui n'a jamais rien demandé à quiconque.