19 avr. 2008

.
.
.
LA VRAIE JOCONDE
EST-ELLE AU LOUVRE ?
.

Certains musées d'Europe prétendent que non.


Ainsi, de nouveau l’on découvre
Que la Joconde est moins au Louvre
Que ne croit un peuple dément,
Sinon absolument candide,
Car cette question stupide
Revient périodiquement.

Nous, nous n’aurions qu’une copie
Ne valant pas une roupie !
Et dire, pauvres Fransquillons,
Que tel amateur chimérique,
Comme on n’en voit qu’en Amérique,
Nous la paierait des millions !


La seule vraie, originale,
Parait-il, on nous la signale
A Dresde, à Madrid, à Berlin…
Chaque musée a donc la sienne,
Sauf la nôtre, Parisienne
Qu’ils disent peinte… au ripolin.

On aimerait, que vous en semble ?
Les avoir là toutes ensemble,
Celles-ci comme celles-là,
Ces Jocondes surnaturelles,
Avant de formuler sur elles
Un avis et dire :
« Voilà ! »

.


En attendant de savoir celle
Qui, sur toutes autres, précelle,
On peut penser que Léonard,
Après qu’il eut fait sa Joconde
En voulut peindre une seconde,
De plus en plus maître en son art ?…

C’est ainsi que cette dernière
Pourrait surpasser la première
Et que celle-là nous l’ayons
Dans notre Louvre, et hors contrôles.
On a vu des choses plus drôles.
Il ne faut pas que nous croyions,

Pourtant, qu’il ait peint ces Jocondes,
Toutes, qu’on voit dans les deux mondes
Et, d’ailleurs, qu’est-ce que ça fait ?
Si chaque musée a la seule
(Comme il prétend), mettons l’aïeule,
Laissons-le lui croire. En effet,

Il n’est que de croire, sur terre.
Tel a le crâne de Voltaire,
Tel autre dit l’avoir itou.
Que si l’un n’est qu’une copie
De l’autre, c’est faire œuvre pie
D’admettre les deux, après tout.


Il en va de même d’Homère.
Sept villes, que je n’énumère,
Car je n’ai pas leur nom sur moi,
Se vantaient de l’avoir vu naître,
Et leur joie en resta champêtre,
Chacune étant de bonne foi.

Ce n’est donc que la Foi qui sauve.
Tout être ayant dans son alcôve
Une sous-copie, un navet…
Et que cette horreur sans seconde
Lui semble l’unique Joconde,
C’est bien tout comme s’il l’avait.

.

.
RAOUL PONCHON
Le Journal
13 mars 1911


Aucun commentaire: