18 mars 2008

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PROPRETE de PARIS
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Ce serait d’une âme ingénue
De croire, ô notre édilité !
Que votre ville est devenue
Un parangon de propreté,

Pour la raison fallacieuse
Que ne fleurit plus sous nos pieds
Cette flore fastidieuse
De prospectus et de papiers.

C’est là, certe, un progrès notable,
Dont les étrangers sont témoins ;
Les trottoirs sont peu habitables,
Ceux des boulevards, tout au moins,

Plus allants et plus sympathiques.
Mais vous les passeriez encor,
Pour ainsi dire, à l’encaustique,
Il en suffit quant au record

De propreté. Tels édicules,
Par exemple, sont tellement
Ignobles que plusieurs Hercules
N’en feraient pas le nettoiement.
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Et puis, ça n’est pas tout, que diable !
De restreindre aux seuls boulevards
Votre soin, d’ailleurs pitoyable.
Quoi ! pour que ceux-ci soient flambards.

Vous croyez que l’on vous crédite ?…
Pas du tout. Afin que Paris
Une ville propre soit dite,
C’est… propre, tous quartiers compris.

Réserver sa sollicitude
Aux seuls quartiers, mettons sélects…
C’est pour la vile multitude
Un procédé des moins corrects.

Il est des faubourgs en puissance
De choléras et de typhus…
Il ne s’agit pas là, je pense,
De papiers et de prospectus.

Que de cloaques populaires !
Hélas ! De manoirs sans envers,
Rongés par des rats séculaires,
De rage et pelage divers !

Que peut-on dire de vos Halles ?
Halles ne sont, mais dépotoirs,
Et vous les croyez idéales !
Taisons-nous sur vos abattoirs !



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* ...*


Pourtant, vous avez dans vos banques
Quelque or pour y remédier.
Enfin, ce n’est pas l’eau qui manque,
Si vous saviez votre métier.

Je ne parle pas d’eau potable…
Qui ne saurait m’intéresser,
Mais de celle, non profitable,
De la Seine. Il faut y penser.


C’est de quoi nettoyer la Ville
Jusques au jugement dernier.
Or, pour répandre cette eau vile,
Vous la cueillez dans im…panier !

Que dis-je ?… aux berges de la Seine
Elles-mêmes, de Charenton
Au Point-du-Jour, prenez la peine
D’aller faire un tour. Qu’y voit-on ?



Des tas pestiférés d’ordures,
Des chiens crevés, déliquescente…
Mille autres matières impures
Y séjournent des mois, des ans…


Le temps d’arriver à Grenelle,
Ah ! Seigneur Dieu ! Vous en prenez
Beaucoup moins avec une pelle,
Assurément, qu ‘avec le nez !



RAOUL PONCHON
Le Journal
29 janv. 1911

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