27 déc. 2007

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NOËL
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Or, le vieux bonhomme Noël,
Oncle de tous les mômes,
Tout à l’heure descend du ciel
A l’heure des fantômes.

Il met un bonnet d’astrakan,
Sa chaude houppelande
Car il fait froid chez nous plus qu’en
Le ciel - il appréhende.

Il cache aussi sa gueule sous
Sa barbe des dimanches.
Enfin, il remplit de joujoux
Ses poches et ses manches.

Voilà qu’il descend à Paris.
C’est par là qu’il commence
Toujours. Chez lui, c’est parti pris,
Dieu protège la France.


Il pénètre sous chaque toit,
Et par la cheminée.
Peu, d’ailleurs, lui chaut qu’elle soit
Plus ou moins ramonée.

A lui seul il vaut des milliers
De parrains, de marraines,
Car dans tous les petits souliers
Il fait choir des étrennes.


Là, c’est en habit de satin
D’admirables poupées
Qui seront dès demain matin,
Je l’espère éclopées.

Ici, c’est des bonbons de choix
Et des polichinelles,
Soldats de plomb, chevaux en bois
Et mille bagatelles…

Des fois il fronce le sourcil,
Car il a vu des verges…
« - Des verges, dit-il, - qu’est ceci ?…
Ah ! mon Dieu, sainte Vierge !

« Est-ce que vraiment des mamans
Aujourd’hui vont se mettre
A battre mes petits enfants ?
Je ne puis le permettre… »

Là-dessus il jette au brasier
Ces verges détestables
Et bourre d’autant le soulier
De ces enfants… coupables.

Et quand le bonhomme Noël
A fini sa tournée
Sur terre, il regagne le ciel
L’âme rassérénée.


On se demande maintenant
Si, malgré tout son zèle,
Il n’oublia pas Quelque enfant
Parmi la kyrielle.

Oh ! Que si, mais que voulez-vous ?
Il n’est lui que l’esclave
D’un dieu cruel, d’un dieu jaloux
Que d’aucuns disent brave.

Il faut hélas ! pauvre de nous !
Qu’il y ait sur la terre
De petits enfants sans joujoux.
Et pourquoi ça ? Mystère !

Ah ! des joujous vous voudriez,
Pauvre race damnée .
Ayez donc d’abord des souliers,
Voire, une cheminée.



RAOUL PONCHON
Le Courrier Français



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