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A un Empereur de Tragédie
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Un ivrogne, vois-tu, vaut quatorze empereurs.(LE PERE PARAGOT)
O caporal Guillaume, effroyable empereur,
Que laisse vivre encor l'Eternel, par erreur,
Dans son dédain pour l'Allemagne !
Malgré les rois baisant la trace de tes pas,
Malgré ton sceptre et ta couronne, tu n'es pas
Aussi magne que Charlemagne.
Ton empire est très grand, tes cuirassiers sont beaux ;
Leur chair est délicate, assurent nos corbeaux,
- Et les bougres sont difficiles ; -
Vieil oignon, tu renais en pas mal de caïeux,
Tu n'en crains pas pour la noblesse, et tes aïeux
Sont d'assez aimables fossiles.
Sur ton casque de fer - qui diable l'a mis là ? -
S'effare un aigle d'or, sans doute, mais il a
Des béquilles sous les aisselles ;
Il vole, paraît-il... Eh ! nous le savions bien :
A moi-même il vola, sans avoir l'air de rien,
Mes pendules et mes vaisselles !

Tes peuples ont pour toi cet amour qu'on a pour
N'importe quel sultan qui vient de Visapour,
Ou bien Déroulède me trompe ;
Ton grand sabre qui coupe a coûté plus d'un mark,
Mais tu ne serais rien sans ton affreux Bismark :
Tel un éléphant sans sa trompe.
Le monde tout entier tremble au son de ta voix ;
Il veut savoir comment tu dors, ce que tu bois ;
Il titube si tu chancelles ;
Et dans notre pays ivre de liberté
Nous ne pouvons jouir de la tranquilité
Que si louables sont tes selles.
Mais souvent, dans la nuit, un sombre cauchemar
Sur ton ventre s'assied : Quelque turco camard
Dont le noir sourire te glace :
- Tel, aux beaux jours d'été, sous le bleu firmament,
On voit, en plein midi, passer sinistrement
Un convoi de huitième classe. -
RAOUL PONCHON
le Courrier Français
17 avril 1887
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