10 oct. 2007

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NOTES DE VOYAGE

Afin d'ignorer la cohue
Qui vous tohue et vous bohue
Aux environs de Noël
Moi parti sous un autre ciel,
Avec un mien ami lequel
Me conduisit d'abord à Bâle.
Pourquoi Bâle, ville très pâle ?
Je ne sais. En chemin de fer
Voilà-t-il pas Sheurer-Kestner ?
Nous le lâchâmes à Mulhouse
Tout comme un simple Bottonglouse
Heureusement. Donc Bâle, Rhein.
Belle église. Musée Holbein.
Suisses nuls. Bergères quelconques.
O Seigneur ne les revoir onques !
Boires et mangers condamnables.
Et des cigares infummables.
Jour de Noël. Minuit. Nuit noire.
Tout fermé, c'est à n'y pas croire.
Pas un litre. Pas un bouillon.
C'est dur, ça, pour un réveillon.
Rentrés à l'hôtel en couyons
Où mon ami, Dieu me pardonne
S'est consolé avec la bonne.
Le lendemain une ballade
Devers le grand-duché de Bade,
A deux pas. Douaniers badois.
Ces cochons vouloir-t'y pas prendre
Mes cigares avec leurs doigts.
Leur ai dit merde en bon françois :
Il ne s'agit que de s'entendre.


Lâché Bâle à deux crans pour
Aller rigoler à Strasbourg ?
Strasbourg. Que dire de Strasbourg ,
Sinon ce qu'en dit la chanson :
" Straspurg est un 'ponn' carnissonn'... "
Macach' trafail, bezef portionn'... "
Une très belle cathédrale,
C'est l'opinion générale.
Allemandes infanteries.
De très surfaites brasseries :
Piton, Luxhof et Schneider,
Beaucoup de Wagner, de Muller.
Bière passable. Sexe guère.
" A la guerre comme à la guerre, "
Dit mon ami, Dieu me pardonne !
Qui s'éprit encor d'une bonne.
Quitté Strasbourg. Metz ! ô douleur !
D'incessantes infanteries
Allemandes. Versé un pleur
Sur les revers de ma patrie.
Après un voyage énergique
Passé tout de suite en Belgique.



Bruxelle est un peu plus chrétien.
Les Belges n'y riment à rien
Mais chez eux l'on mange très bien.
On boit de même. Ca me va.
Je viendrais finir mes jours là.
Par exemple, l'on me vanta
Leurs cigares qui sont très beaux,
Mais autant fumer des copeaux.
Le sexe m'y semble un peu lourd.
Mais mon ami, féru d'amour,
Me tint un différent discours.
Je l'ai surpris, Dieu me pardonne !
Encor dans les bras de la bonne,
Dans l'host où tous deux descendus.
S'il continue, il est perdu...


RAOUL PONCHON
le Courrier Français
02 janv. 1898




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