3 oct. 2007

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FAUST
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En attendant le Faust de Rostand, en voici toujours un pour faire patienter.



FAUST
dans son cabinet de travail

Comme dirait le père Ubu :
Je suis vanné, je suis fourbu.
J’ai parfaitement conscience
De connaître toute science.
Autant en emporte le vent !
Je suis âne comme devant.
Si j’admets que quelque Dieu mène
Ma misérable argile humaine,
Je me demande où diable est-il ?
Il vit dans quelque éther subtil ?
Pourquoi me laisse-t-il me fondre
En vaines spéculations ?
Ah ! s’il daignait parfois répondre
A mes humbles questions,
Je saurais, du moins, qu’il existe,
Qu’il n’est pas un Dieu fantaisiste.
Peut-être est-il sourd comme un pot ?
Ce serait son moindre défaut.
D’autre part, que si la Nature
Seule créa la créature,
Qui donc l’a créée, elle aussi ?
Voilà bien un autre souci !
Si je suis une brute épaisse,
Propre à perpétuer l’espèce
Uniquement… alors, bonsoir !
Autant me tuer dès ce soir,
A moins que Méfitoiphélisque…
Après tout, qu’est-ce que je risque
Appelons-le.


Il entre

Tiens, te voici !
Tu n’étais pas loin…


MEFITOI


Non et si.
Je puis être là comme ici,
En même temps, à l’improviste,
Etant, comme on dit, ubiquiste
Mais, dis-moi, mon vieil Allemand,
Que me veux-tu finalement .


FAUST

Je voudrais te vendre mon âme.



MEFITOI

Ton âme ! Elle est assez infâme…


FAUST

C’est possible. Mais, sur ma foi,
Je n’ai guère que ça pour toi.


MEFITOI

Donc, tu crois à ton âme ?


FAUST

Voire.
J’y crois, comme ça… sans y croire
Tout en y croyant…


MEFITOI

Bouffre ! C’est
Une opinion, en effet.
Et… en échange de ton âme,
Qu ‘est-ce, de moi, que tu réclames ?


FAUST

En vérité, je ne sais pas.


MEFITOI

Veux-tu faire de bons repas,
Pendant ta chienne de vie ?


FAUST

Je n’ai pas faim…


MEFITOI

Dis ton envie,
Veux-tu la gloire ?


FAUST

J’en ai.


MEFITOI


De l’or ?


FAUST

Je ne suis pas… gêné.


MEFITOI

De la jeunesse ?


FAUST

Pas si poire !


MEFITOI


De l’amour ?


FAUST

J’ai cessé d’y croire,


MEFITOI

De la science ?



FAUST

Je sais tout !


MEFITOI

Et, vraiment, ça n’est pas beaucoup.
C’est que je n’ai rien autre chose
A t’offrir. Si. Je te propose
De venir avec moi, mon cher,
Faire une saison en Enfer…


FAUST

L’Enfer ! En quoi l’Enfer consiste ?


MEFITOI

Oh ! Ce n’est pas un endroit triste
Dont je suis le grand manitou.
On y rencontre un monde fou.
Tu dirais d’une fourmillière…
Les saisons y sont régulières.
En tout temps, il y fait très chaud…


FAUST

Très chaud ! Voilà ce qu’il me faut.
Je sais maintenant - quelle chance !
Où je vais passer mes vacances.



Le diable l’emporte.



Raoul Ponchon
le Journal
8 juin 1908






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