11 juil. 2008

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14 JUILLET
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Nos pères prirent la Bastille
Le quatorze juillet dix-sept
Cent quatre vingt-neuf - an qui brille
De ce simple fait, chacun sait.

Tout de suite, ils la démolirent,
Parce que l’art leur en déplait ;
Quant aux morceaux, ils les offrirent
Au muséum Carnavalet.


Plus tard, ce fut, en lieu d’icelle,
Une colonne avec, dessus,
Pour nos artistes demoiselles,
Un
« modèle » sans… pardessus

Enfin, conséquence finale,
Ce
« quatorze »
, on le décréta
Jour de fête nationale.
C’est-à-dire que, ce jour-là,

Le peuple candide et bonasse
Regarde passer les soldats
En s’estropiant de vinasse,
En se bourrant de cervelas.

Le soir, il gambille aux lanternes.
Il allume du lampion,
Du feu d’artifice, aussi ternes,
O Guimet ! que ton Sérapion…
*

Telle est - si j’en crois mon Larousse,
A moins que ce soit mon Bouillet, -
*
Cette fête où l’on fait carousse,
Ce fameux Quatorze Juillet.


C’est de cette époque immortelle
Que votre reine, ô nations !
La France, vit pleuvoir sur elle
Toutes les bénédictions.

Je n’en redirai pas l’histoire
En remontant, et pas à pas
De Loubet jusqu’au Directoire.
Et d’ailleurs, je ne le sais pas.

Mais vous n’ignorez point qu’Empires
Et Républiques, tour à tour,
Et autres gouvernement pires,
A partir de cet heureux jour,

Furent pour nous autres des pères
Et des mères ; que les Français
Eurent un sort des plus prospères,
Ne connurent que des succès.

Plus de guerres, de tragédies…
Plus de pain sec sans rien avec.
Alouettes toutes rôties
Vous tombèrent droit dans le bec.

Et l’eau ruissela des fontaines…
Sinon le vin - ne sais plus bien ;
Les écus plurent par centaines
Au coffre de tout plébéien.

La famille la plus maboule,
Désormais exempte d’impôts,
Put mettre non pas une poule,
Mais cinq poules dans quatre pots.

Et l’on ne paya plus son terme,
Moi, du moins… Chacun put avoir
Une ferme.
« Mais quelle ferme ? »
Ah ! vous en voulez trop savoir…



O peuple ! en qui l’erreur fourmille,
C’est pourtant cela que tu crois !
Tu n’as plus - dis-tu - de Bastille,
Quand, au contraire, t’en a trois.


Que dis-je, trois ? C’est cent et mille,
Je les vois naître sous tes pas.
Mais, sous le doux règne d’Emile,
*
Tu n’en doutes même pas.



Raoul Ponchon
le Courrier Français
14 juillet 1901

1 commentaire:

Jean Raymond a dit…

magnifique gazette de circonstance.
bravo à ce blog