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Quo Vadis, Ponchone ?
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Au Journal qui fut lundi
Veuf de ma gazette
Un de mes lecteurs m’a dit :
« Eh bien, la mazette,
« Etais-tu malade ou…quoi ?
A la promenade ?...
Que l’on n’a rien vu de toi
De cette hebdomade ?
« Tu me paraissais jadis
Plus hebdomadaire :
Hein ? Ponchone, quo vadis ?
Je n’achète guère,
« Tu sais, le Journal que pour
tes rimes disertes, »
Ajoutait-il, cet amour,
Homme de goût, certes !
Car, malgré mes directeurs
Que le Ciel confonde !
J’ai mes deux ou trois lecteurs
Comme tout le monde.
« Mon ami, que je lui dis,
Rentre ta tirade ;
Je n’étais pas plus lundi
Qu’aujourd’hui malade.
« Je te puis certifier
Mon exactitude,
J’ai fait mon petit papier
Comme d’habitude ;
« Comme d’habitude itou,
C’était un chef-d’œuvre
Pur, notamment comme tout
Ce que ma plume œuvre :

« L’exorde en était charmant,
La chute jolie,
Sans compter mille agréments
Et ceux que j’oublie.
« Et je le dis sans façon :
L’être le plus pire
Serait sorti de prison
Rien que pour le lire.
« En style des plus ourlés
J’y disais des choses
Définitives sur les
Effets et les causes.
« J’y prédisais le futur…
Guerres, cataclysmes.
J’y requinquais, d’un goût sûr
De rances truismes ;
« J’y menais au résolvoir
L’X de maint problème,
Et j’y traçais le devoir
Du siècle vingtième.
« Bref, que te dirai-je, ami ?
J’y parlais entr’autres,
De omni re scibili
Et quibusdam autres…
« Pourtant, mon petit papier
Me resta pour compte,
Je dus le fiche au panier.
Hélas ! quelle honte !
« – Mais pourquoi donc on fit fi
De chair si friande ? »
– Me diras-tu. – « Mon fifi,
Je te le demande. »
RAOUL PONCHON
le Courrier Français
3 mars 1901
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