10 oct. 2007

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La chasse est ouverte
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Taïaut ! Taïaut ! A la malheure !
Lièvres, lapins, cailles, perdrix,
Votre heure a sonné tout à l'heure
Que si vous m'avez bien compris,

Pendant des mois et des semaines,
Plus féroces que des vautours,
des créatures inhumaines,
dès les premiers rayons du jour,

Munies d'un instrument barbare,
Qui semble l'oeuvre des démons,
Vont vous poursuivre dare dare
Par les plaines et par les monts.

Ils seront précédés les traîtres,
Par des chiens au flair d'artilleur
Que, parmi les sites champêtres,
Ils déploieront en artilleurs.

Et quand vous serez à portée
de leur tube lançant le plomb,
Ils ne feront qu'une pâtée
de vous. Ca ne sera pas long.

Parfois, un tireur à la manque
Vous ratera, même à dix pas.
Mais quoi ! que si l'un d'eux vous manque,
L'autre ne vous manquera pas.

*
* *


C'est donc fini de vous, ô braves
Lièvres ! Il faut vout dépêcher
De vous gorger de betteraves.
Pas la peine de les mâcher.

Fini, les lapins de garenne,
de batifoler le matin
Dans le serpolet, la verveine,
Et la marjolaine et le thym !

Et vous, les perdreaux et les cailles,
Vous n'y couperez pas non plus.
Aussi pourquoi, pauvres volailles,
Etes-vous des gibiers élus ?

Vous réveillez en quelque sorte
Les plus endormis appêtits,
Une fois passés chose morte
Alors que vous êtes rôtis.

Perdrix, faisans multicolores,
il faudrait être abouchouchou
Pour ne vous estimer encore
Lorsque vous suez dans des choux.

Vous seriez bien moins misérables
Lièvres, vous vivriez en paix,
Si vous n'aviez pas de tels râbles
Si nous ignorons vos civets !

Il n'est jusqu'à vous, bestioles
grives, alouettes, pluviers...
Qui ne ferez des cabrioles,
Et non celles que vous rêviez.


Mon Dieu, vaut-il mieux être en cage
Que mort ? Pour moi, je n'en crois rien.
Mais vous en dire davantage,
C'est superflu, puisqu'aussi bien,

Du fait de ces chasseurs indignes,
Sans pitié comme sans remords,
A l'heure où vous lirez ces lignes,
Tas de gibiers, vous serez morts.




RAOUL PONCHON
le Journal
23 août 1909




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