28 sept. 2007

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TRENTE MILLE DEBITS DE BOISSONS
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Richepin m’affirme qu’il n’y a que dix mille bars à Londres pour quatre millions et demi d’habitants, tandis que Paris compte trente mille débits pour trois millions. Où a-t’il lu ça ?
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Pour quatre millions et demi d’habitants,
Que compte la cité de Londres,
Il n’y aurait en tout dix mille débitants
De boissons ! C’est pour me confondre !

Tandis - dit Richepin - que notre vieux Paris
Qu’à Pochardville il assimile,
N’ayant que moitié moins d’habitants - moi compris -
En posséderait trente mille !

Il en va - paraît-il - de même pour New-York.
La proportion est pareille.
C’est même assez plaisant chez ces mangeurs de porc,
Qui ne boivent pas par l’oreille.



Dix mille bars pour Londres, évidemment c’est peu,
Quand on songe à ce tas d’ivrognes
Qu’on y voit nuit et jour, imprégnés de leur dieu…
Dix mille bars pour tant de trognes !

Enfin, admettons-le, si Richepin le dit,
Lequel n’affirme rien sans preuve,
Tout en me demandant, surtout le samedi,
Où le Londonien s’abreuve ?

Etant donné qu’il est constamment assoiffé,
C’est donc qu’il se grise en famille,
Nous, comme nous changeons volontiers de café
Chez nous donc le café fourmille.

Soit trente mille bars seulement pour Paris !
Ce qui, sans plus autre ergotage,
Constitue un record - dont je ne suis surpris -
Car j’aurais cru bien davantage.



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* ..*

Mais, laissons de côté ces nobles étrangers
Dont il ne s’agit, en l’espèce ;
Puisque aussi bien c’est nous qui courons des dangers
Pour notre ivrognerie épaisse.

Je ne vois pas pourquoi ce chiffre t’ébaubit
De nos trente mille buvettes,
Richepin, mon ami.
Ca ne fait qu’un débit,
A peu près, par quatre-vingt têtes.

Trente mille débits, tu trouves que c’est trop ?…
Il en faudrait quelques cent mille.
Ainsi , moi, bien souvent, sans trouver un bistro,
J’ai dû parcourir plus d’un mille.

C’est te dire ! Oh ! Je sais que pour le bon motif
Tu me prêches la guerre sainte.
Tu en veux à cet innocent apéritif,
A l’absinthe, cette herbe sainte.

Je ne te parle pas d’un verdâtre brouet
Qui tûrait la Mort elle-même,
Mais d’une absinthe fraîche et légère à souhait
Comme un mois d’avril. Ça je l’aime.


Si tu ne l’aimes pas, n’en bois pas. Que veux-tu ?…
Tu es libre en pays libre.
Mais ne m’impose pas ton ignoble vertu.
Mon vice est là pour… l’équilibre.

D’ailleurs, pour mon malheur, j’ai perdu l’appétit
Depuis qu’on nous a pris l’Alsace.
Le seul apéritif me l’éveille un petit.
Voudrais-tu que je m’en passasse ?

Je n’ai jamais compris rien à ton grand émoi.
Je ne puis croire que la France,
Pour quelques malheureux ivrognes comme moi,
Perde de sa prépondérance.

Quant à Paris, il doit à son nombre de bars
D’être, des cités, la première :
Crois-le bien. C’est nos nez allumés et flambards
Qui en font la Ville-Lumière !


R.P

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