22 sept. 2007

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Livres d’étrennes
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Se peut-il que l’on s’éprenne
A nos époques, encor
De ces livres pour étrennes
Atrocement rouge et or,

Vert pomme, rose fanée,
Si ça n’est pas bleu de ciel
Qui reviennent chaque année
Aux environs de Noël ?
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Livres ? oh, non pas. Non-livres
Ils seraient bien mieux nommés :
Non-livres informes, ivres,
Stupides, inanimés !

Reliés en quoi ? en sable…
En faux simili-carton,
En matière insaisissable
Comme les papiers d’Arton,

En ça que le marpon nomme
*
Reliure d’amateur.
Ca n’est très cher, en somme,
- Dit-il - et c’est très flatteur.

Mais je crois m’entendre dire :
Vous oubliez le dedans.
- Ah ! gardez-vous de le lire,
Préférez le mal de dents.

Dieu ! Les sottes balivernes
Ecloses dans les cerveaux
Des Boussenards et des Vernes !
*
Et faut-il qu’ils nous croient veaux !



Oh ! Les niaises merveilles
Les princes Charmant et les
Reines vêlés par de vieilles
Rôtisseuses de balais !

Les Jeanne d’Arc des familles,
Les Gulliver épluchés,
Les contes pour jeunes filles
Contés par de vieux michés !

Les A B C D malgaches
Agrémentés d’animaux
Tels que les loups sont des vaches
Et les bisons des chameaux !

Et vos Voyages stupides
Sur les Alpestres sommets,
O voyageurs intrépides
Qui n’y grimpâtes jamais !…


Si vraiment l’enfant s’en tire,
Peut supporter ces fairas,
En quelque sorte on peut dire,
Sa cervelle a de bons bras.

Et quant à moi, je vous jure
Que si j’avais un enfant
Plutôt qu’en ces… écritures
Bonnes pour des éléphants,

- S’il devait apprendre à lire,
Ce qui n’est pas très certain -
J’aimerais bien mieux, sans rire,
Que ce fût dans le Bottin.


Raoul Ponchon

le Courrier Français - 23 déc. 1895
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