25 nov. 2008

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FETE des FLEURS
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Juin 1893 - Bois de Boulogne
A propos de la fête des fleurs, citons Jane Avril, dans ses mémoires :
« il fallait être vu ! C’était le chic décrété de bon ton ! une charmante coutume était, chaque année, avant le Grand Prix et les départs à la mer, la Fête des Fleurs, qui était d’une rare élégance, dans le joli décor du Bois. »
Raoul Ponchon nous conte cet événement à sa manière…
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Je me disais : O poète !
Espèce de vieille bête,
Puisque tu aimes les fleurs,
Tu pourras en avoir de belles
Demain, et des ribambelles
Et de toutes les couleurs ;


Demain, des fleurs c’est la fête,
Demain c’est la fleur des fêtes.
Demain arrive en effet,
- Car il faut que tout arrive, -
Je prends mon allure vive
Et mon pas de sous-préfet.


Je disparais dans la foule
Et voilà que je déboule
Où cette fête avait lieu ;
C’était au bois de Boulogne
Qu’elle avait lieu, la carogne,
Voire même au beau milieu ;


Elle me parut d’emblée
Concentrée en cette allée
Qu’on dit des Acacias,
A cause de mille causes,
O mon cœur épris de rose
Et de bleus hortensias !


C’étaient, avachis sur l’herbe,
Cuits par le soleil superbe,
Hommes, femmes et moutards,
Une épaisse flore humaine
De la barrière du Maine
Ou du quartier Mouffetard ;


Une multitude vile
De sombres sergents de ville
Et des officiers de paix ;
Des municipaux sans nombre
Qui cherchaient en vain de l'ombre
Sur leurs canassons épais.
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Et puis c’était une masse
De débitants de vinasse,
De pain et de saucisson,
Car il n’y a pas de fête
- Faut-il qu’on vous le répète ? -
Sans vinasse et saucisson,


Cà et là de la musique
Militaire, un peu phtisique,
Venait vous estropier ;
Et d’absurdes banderoles,
Des festons, des girandoles,
Des lanternes en papier


Corroboraient ce spectacle
Qui les yeux encor me racle.
Et les fleurs ? me direz-vous ,
C’est tout ce que vous en dîtes ?
- Par Vénus et les Charites,
Je n’en vis pas pour deux sous.


Oui, je crois bien que la seule
Fleur était encor ma gueule…
Pardon, qu’es-ce que je dis ?
Deux trumeaux se rencontrèrent
Un moment et se jetèrent…
(J’ai cru voir) deux pissenlits.


On aurait pu mettre en tête
Du programme de la fête :
« Les fleurs n’entrent pas ici. »
Car elles étaient en somme
Absentes comme un seul homme.
C’est au point même que si


Jamais il me prend envie
De n’en plus voir de ma vie,
Madame, je vous dirai
Que c’est justement à cette
Lamentable et archibète
Fête des fleurs que j’irai.



RAOUL PONCHON
1893
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