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19 juil. 2008

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LA BANDE DES "COLLECTIONNEURS"
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Jamais autant qu’en ce mois d’août,
Ou ce doux mois, à votre goût,
Ces messieurs les cambrioleurs,
Alias « collectionneurs »,
N’ont fait d’aussi bonnes recettes.

Il faut dire qu’ils ont beau jeu,
Que la saison s’y prête un peu,
Quand Paris boucle sa valise ;
Il faut aussi spécifier
Qu’ils acquièrent dans le métier
De jour en jour plus de maîtrise.

Qui Diable s’en étonnerait ?
Quand on voit partout le progrès,
Pourquoi voulez-vous que le crime
Ne progresse pas aussi, lui,
Soit stationnaire aujourd’ hui ?
Ça n’aurait ni raison, ni rime.

*
*... *


Et la police sévit où ?
Mon Dieu ! La police après tout
Fait tout ce dont elle est capable ;
Mais pour arrêter ces voleurs,
Qui sont plus nombreux que les fleurs,
Il la faudrait donc innombrable.

Vous pouvez dire, à priori,
Dix de ratés pour un de pris.
Afin d’en purger la contrée,
Chaque agent devrait, monstrueux,
Posséder, comme Argus, cent yeux, *
Et cent bras, comme Briarée.
*

*
* ...*



Parfois, un de nos scélérats,
Dont l’épiderme est un peu gras,
Laissa l’empreinte de son pouce
Sur un meuble, sur un objet
Quelconque, alors qu’il saccageait…
Bertillon vient à la rescousse. *

Bonne affaire ! Il met à profit
Cette empreinte qui lui suffit
Pour identifier son homme.
Il vous dira pour le moment,
La couleur de son vêtement…
Son âge… et comment il se nomme ;

Cela sans jamais dévier,
En tout pareil à ces Cuvier *
A l’imagination prompte,
Qui ne demandent , au total,
Qu’une simple dent de cheval,
Pour reconstruire un mastodonte.


Mais las ! Depuis que les voleurs
Se sont fait collectionneurs,
Il n’ont plus la même incurie ;
Ce sont de délicats milords
Qui prennent des gants Dame, alors…
Adieu l’empreinte ! Adieu, Marie !

Ainsi donc, notre Bertillon
N’a pas même, en son corbillon,
Une fiche rudimentaire.
Cependant que les galions,
Les colliers de trois millions…
Se dissolvent dans le mystère.

De nos jours, pour n’en perdre rien,
Il faudrait poster tout son bien
Sur soi, comme le sage antique.
C’est facile pour le commun
Des martyrs dont moi, mais plus d’un
Ne trouverait pas ça pratique.


RAOUL PONCHON
Le Journal
25 août 1913

6 oct. 2007

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ALBUM de BAISERS
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La personne invitée imbibe ses lèvres de carmin
et dépose un baiser sur l'album de Miss Evans.
(Journaux)



- Oui, me dit monsieur Bertillon,
Prince de l'anthronométrie,
*
En fixant sur ma seigneurie
Ses petits yeux d'émérillon.

L'idée en soi me paraît drôle
De cette empreinte de baisers ;
J'ai cru même l'utiliser
Pendant un temps pour mon contrôle.

Je me disais : " C'est à creuser... "
Encore que soit chimérique
Tout ce qui nous vient d'Amérique.
Qui sait ? tel pouce, tel baiser !

Alors, en bonne conscience,
J'ai parcouru maintes prisons
Et autres coupables maisons,
Pour faire mon expérience.

Sur un album en parchemin,
J'ai prié les clients d'élite
D'y appliquer leur bouche enduite
Au préalable de carmin.

Cet album, ne vous en déplaise,
Ne m'a rien donné jusqu'ici,
De probant. D'ailleurs, le voici.
Feuilletez-le tout à votre aise.

Vraiment, il ne me révêla
Que correspondances lointaines...
Les baisers y sont par centaines
Tenez, regardez celui-là !


On dirait d'un baiser de vierge,
N'est-ce pas ? Eh bien ! c'est celui
D'un qui, pas plus tard qu'aujourd'hui
Vient d'assassiner son concierge.

Celui-ci, n'est-il pas charmant ?
Il est appuyé, verveux, tendre.
Pour un peu vous croiriez l'entendre.
C'est un vrai baiser de maman.

Cet autre, est comme une églantine.
Il est rose, frais, cajoleur ;
C'et pour vous le baiser en fleur
Eclos d'une bouche enfantine !

Vous en jureriez ? Hélas ! non.
Ce sont des baisers de crapule,
De deux apaches sans scrupules,
Qui n'ont de l'homme que le nom.

Voyez ces autres, en revanche,
Ils semblent monstrueux, hideux ?
Ils sont simplement hasardeux,
N'ont pas leur habit du dimanche ;

Etant, ceux-là, d'un être pur,
Qui fut condamné par méprise,
Et n'attend plus que l'entreprise
De cet excellent Jacques Dhur.


*
* *


Non, c'est se perdre dans la brousse,
Que de s'attarder aux baisers.
Pour confondre des accusés,
Rien ne vaut l'empreinte du pouce.

Les baisers, de sens dénués,
Avec horreur je les repousse.
Montre-moi seulement ton pouce,
Et je te dirai qui tu es.

Je ne dis pas l'auriculaire,
Ni non plus le doigt du milieu,
Le pouce ! Dans l'oeuvre de Dieu,
Le pouce est la pierre angulaire.

Je ne puis trop le répéter,
Car ma conviction est faite ?
Si vous pouvez changer de tête,
De pouce, il n'y faut pas compter.


Et tenez, ô marchand de rimes,
Veuillez marquer le vôtre ici...
- Serviteur, dis-je, grand merci !
Je n'aurais qu'à commettre un crime !...




RAOUL PONCHON
le Journal
4 oct. 1909