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7 juin 2010

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LE PRINCE
de

TARTAFUYA
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Où l'on reparle de la famille Lebaudy... après Max, dit " le Petit Sucrier "*, voici Jacques * qui devenu fou défraya la chronique par une rocambolesque tentative de colonisation au Sahara dont il se proclamera empereur sous le nom de Jacques 1er ...

Jacques premier, Empereur du Sahara, Prince de Tartafuya, etc, etc…


O toi, de qui la chronique
Ironique
Pendant un temps s’égaya,
Apprends-nous où tu bafouilles,
Tartafouilles,
Prince de Tartafuya ?

Tu règnes sur quels prognathes ?
Quelles dattes ?…
As-tu renoncé déjà
A ton chimérique empire ?
Au porphyre
Se ton palais de Troja ?


Ou si, l’esprit de conquête
Qu’on regrette,
Aurait à tout jamais fui
De ton crâne en pain de sucre ?
Du seul lucre
As-tu donc soif aujourd’hui ?

Empressons-nous de le dire,
De l’écrire,
Ton premier geste fut beau.
Il fut beau, ton premier geste,
Sans conteste,
Encore que point nouveau.



Bien avant toi, plus épiques
Et typiques,
Des lascars insidieux,
De vrais monarques se crurent,
Et le furent,
De par la grâce des Dieux.

Sans fatiguer ta cervelle,
Te rappelle
Orlie-Antoine, ce roi
Notoire d’Araucanie,
*
Un génie,
Si l’on le compare à toi.

Et ce n’était qu’un pauvre homme,
Ou tout comme,
Avec des instincts fougueux,
Qui tenait, sans aptitude,
Une étude
De notaire, à Périgueux.

Il ceignit le diadème
Tout de même.
Tandis que toi, mon fiston,
Ton trône est plutôt précaire ;
Tu n’es guère
Qu’un empereur en carton.

Pourtant, avec ta fortune
Opportune,
- Que diable, ça n’est pas rien -
Tu pouvais faire des choses
Grandioses,
A ravir l’historien !

Lever dans ton royaume ample,
Par exemple,
Munis de leur tomahawk,
Quelques-uns de tes Macaques,
Et, d’attaque,
Te jeter sur le Maroc…

Et c’eût été la déroute,
Sans nul doute,
De ces Marocains affreux
Qui, malgré qu’on s’évertue,
Qu’on les tue,
Sont de plus en plus nombreux.

Et, vois-tu les conséquences,
Subséquences ?
Non. Eh bien, moi, je les vois :
En raison de ta victoire,
De ta gloire,
On t’eût mis sur le pavois,



Voire, en ce pays d’outrance
Qu’est la France,
Profitant d’un désarroi,
Tu pouvais, un jour ou l’autre,
- Mettons l’autre -
Prétendre à devenir roi !

Pour de moindres faits, des gestes
Plus modestes,
O Jacques ! Veuille songer
A ces époques de brumes,
Où nous fûmes
A deux doigts de Boulanger !

Raoul Ponchon
le Journal
02 nov. 1907

1 nov. 2009

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JACQUES 1er
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Jacques Lebaudy, fils de Jules Lebaudy, magnat de l'industrie du sucre, défraya la chronique par une rocambolesque tentative de colonisation au Sahara dont il se proclamera empereur sous le nom de Jacques 1er


L’Empereur, à peine à Troja, *
Qui est sa résidence,
Laumann l’interviewait déjà
En privée audience.
« - Sire, - disait-il -
D’où vient cet exil ?
Et quoi peut vous séduire
Dans ce pays-ci,
Qui sent le roussi
Et ne veut rien produire ?…

« La chaleur s’y coupe au couteau,
Le soleil vous éreinte ;
Jamais il n’y tombe assez d’eau
Pour salir une absinthe.
Quant à vos sujets,
Ils sont noirs de jais ;
- C’est là toute votre ombre -
Et si peu nombreux
Que ces malheureux
Ne sont pas mille, au nombre… »


Jacques dit : « J’en dois convenir,
La vérité m’y pousse,
Ce pays-ci ne voit fleurir
Qu’une très maigre brousse,
Mais, sache-le bien :
En ce monde de rien
N’est impossible à l’homme,
Quand il est subtil
Et surtout quand il
Jouit de la forte somme.




« Mon empire, c’est très certain,
Ce Sahara morose,
N’est rien aujourd’hui mais demain
Il sera tout, si j’ose !!…
Ami, souviens-toi
Que quand le Grand Roy
Eut adopté Versailles,
C’était le néant.
Il en fit céans
Un royaume à sa taille.

« Je vais créer villes et ports
En ce désert sauvage ;
Je veux m’y livrer à des sports
Comme à de l’élevage.
Tu me parles d’eau ?…
Mais vieux rigolo,
Je me fiche qu’il pleuve…
Je puis, à défaut
De pluie, s’il le faut,
Détourner quelque fleuve.

« Fallut-il pas Dieu six jours
Pour qu’il créât son trouble
Et si calamiteux séjour ?…
Accorde m’en le double.
Quant à mes sujets,
Qui te sont objets
D’horreur, quoi te répondre ?…
Ils sont noirs, c’est vrai,
Mais je les ferai
Plus tard blanchir, à Londres.


« Maintenant, va t’asseoir, j’ai dit.
Tout marchera dans l’ordre…
Mets toujours ça sur ton habit,
C’est la croix de mon Ordre.
Elle, sois en sûr,
Est un sucre pur,
Et fond quand on la suce ;
Ne la suce pas.
Au revoir, mon gars,
Amitiés à tes puces.



RAOUL PONCHON
Le Journal
07 sept. 1903
Voir aussi *

14 mai 2009

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CHARMANTE GABRIELLE
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Charmante Gabrielle,*
Où donc es-tu, ma belle,
Que l’on ne te voit plus ?
Es-tu sur des montagnes ?
Es-tu dans les campagnes,
Ou des Honolulu ?

As-tu bouclé ta malle *
Aux fins d’une eau thermale
Ou de quelque trou cher,
Y dorloter ton rêve
En ta cervelle brève,
Et ta coupable chair ?


As-tu fui dans un cloître
Pour y prier et croître
En sagesse, en vertu ;
Ou si quelque un t’entraîne
Vilainement chez Fresne ?
Enfin, que deviens-tu ?…

Ces jours derniers encore,
O candide pécore,
On ne voyait que toi
Épanouie et rose
Aux endroits où l’on cause,
Aux endroits où l’on boit.



Tu traînais à la traîne
Comme une souveraine,
Les gens les plus flambards ;
Toi, maudite la veille,
Tu étais, ô merveille,
Sa majesté Bompard.


La Presse t’était bonne,
Et tu fus la lionne
Si ce n’est le bœuf gras
Du jour, quelques semaines,
Et la reine des reines,
Grosse comme le bras.


Et sachant ton astuce,
En vérité, je n’eusse
Eté guère esbaudi
De ton collage avec que
Cet anthropopithèque,
L’empereur Lebaudy.

C’est pourquoi je m’étonne
De ta fugue, , mignonne,
Au moment opportun
Où tu étais l’idole
Gironde et mariolle
De tous et de chacun.



Tu parles, si je trouve
Correct, ô jeune louve,
Loin qu’on entre en fureur
Qu’on ne te garde aucune
Espèce de rancune
Pour un moment d’erreur.

Te jeter à la côte
Pour ta légère faute,
Ce serait trop grossier.
N’est-ce pas, mes confrères,
C’en serait des affaires,
Pour un méchant huissier.

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RAOUL PONCHON
le Journal
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22 janv. 2009

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ENFANTS PRODIGES
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Que d’enfants furent prodiges
En France, sans me compter !
C’est à donner des vertiges
A nos amis d’à côté.

Quel est le Nordau qui crie *
- En son zèle de Teuton, -
Faillite sur ma patrie,
Devant un tel peloton ?

Au début de la semaine,
Encor que je nommai
Beaucoup de ces phénomènes,
Tant d’autres ont réclamé,


Qu’il faut faire une seconde
Cueillette, dans ce gratin ;
Quant à citer tout le monde…
Il y faudrait le Bottin.

* ...*
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C’est Sardou l’homme-théâtre
A trois ans, sachant par cœur
Tout son Lazare le pâtre,
Son Gaspardo le pêcheur ;


C’est Dorchain, tétant encore,
Qui Sully-Prudhommait ; c’est
Jean Rameau venant d’éclore
Sanglotant sur un Musset.

Coquelin Cadet lui-même
Ne s’arrivait qu’au genou,
Qu’il résolvait le problème
De dérater sa nounou.


Dès leur âge le plus tendre
Botrel bardait. Lebaudy
Etait presque un Alexandre,
Aicard, déjà du Midi !

Et ce n’est pas - veuillez croire,
Dans le seul cercle de l’Art,
Qu ‘en ce pays péremptoire,
L’enfant se montre flambard ;



Car le génie aussi perce
Chez ceux-là dont le destin
Est de faire du commerce,
Et cela de très matin.

Ainsi donc je me figure
Que Pottin étant moutard,
En mangeant des confitures,
Rêvait d’en vendre plus tard ;


Pernod fils poussait sa plainte ,
En suçant son biberon ;
« Ah ! Si c’était de l’absinthe,
- Disait-il - dans un litron ! »

Zan inventa sa réglisse,
En observant les tétons
De sa négresse nourrice,
Qu’il mit plus tard en bâtons.

C’est en voyant ceux plus maigres
De la sienne, que Duval
Rêva, pour nous autres nègres,
Son bouillon municipal.


A l’âge où l’on joue aux billes,
Les Doucet et les Paquin
Faisaient poser leur familles
Pour de fut ires mannequins…


Ainsi de suite, et de suite…
Vous voyez bien, mes amis,
Qu’in est loin d’une faillite.
Le doute n’est pas permis.



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
27 mars 1904

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7 juil. 2008

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JULES RENARD
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à propos de Ponchon...dans son Journal...

22 juin 1894

Raoul Ponchon disait à Mme Steinlen, de sa voix douce et appuyée :
-- J'avais lu L'Écornifleur, mais je ne croyais pas Renard comme ca. Il me plaît, oui. Ce garçon-là me plaît par des qualités que je lui prêtais si peu que je lui croyais plutôt les défauts contraires.

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Ponchon, un poëte qui doit dire : « Les femmes sont belles, les hommes sont doux, le vin est bon et j'aime la vie de toute ma vie. »

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-- Ponchon,
dit Courteline, habite depuis plus de vingt-cinq ans dans la même maison. Elle a été vendue plusieurs fois, et les différents propriétaires ont toujours stipulé sur l'acte de vente que Ponchon n'avait pas de loyer à payer, cela, sans qu'il l'ait jamais demandé.

16 janvier 1896

Allais et Ponchon dînaient chez Max Lebaudy, qui se levant de table, leur dit : " Quand je pense qu'il n'y a que vous deux, ici, qui ne m'ayez pas encore tapé !"

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29 nov. 2007

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LE LION
(CONTE POUR L’EMPEREUR)
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Un jour, un lion famélique
Ne trouvant plus rien à manger
Sur son domaine, mille bique,
Ni non plus le moindre berger,

Se dit : « Par Allah ! tout de même,
Je ne saurai brouter du foin,
Quand ce serait jour de carême,
Si j’allais voir un peu plus loin ? »

Or, plein de la faim qui le broie,
Il part, nez au vent, queue en l’air,
A la recherche d’une proie
Qui semble échapper à son flair.

Il ne voit qu’une herbe du diantre,
Que de maigres touffes d’alfa.
Je regrette presque son antre
Et ses gorges de la Chiffa.

Il arrive au désert sans borne ;
Rien n’y bouge, rien n’est vivant.
Partout la solitude morne,
Toujours l’horizon de ce vent.

Après une journée entière,
Voici que ce lion maudit
Se trouve juste à la frontière
De l’Empire Lebaudy. * *
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Il s’y trouvait une potence
Ou, si vous voulez, un poteau,
Sur lequel en toute évidence,
Se détachait un écriteau.

Sa stupéfaction fut grande
Lorsqu’il déchiffra ceci :
« Défense, sous peine d’amende
Au lion de chasser ici. »

Ce brave lion, somme toute,
Sans entrer en rébellion,
Aurait pu prendre une autre route,
C’est ne pas connaître ce lion.


« Ah ! ceci vaut bien qu’on en cause ;
- Dit-il - en voilà des chameaux…
Me défendre, à moi, quelque chose,
Qui suis le roi des animaux !


« Je la trouve un peu bien sévère,
Par Allah ! je voudrais savoir
Qui m’empêcherait de le faire ?
N’entrer pas ici !… tu vas voir.

« Malgré cet avis péremptoire,
Je veux chasser dans ce pays ;
Je le veux, rien que pour la gloire.
Et, quand j’en aurais mille ennuis !…

Et plus prompt que de la dynamite,
Sans plus autrement réfléchir,
Il franchit l’absurde limite,
Qu’il n’aurait dû jamais franchir.

Hélas ! Le pauvre camarade,
A peine il eut fait quelques bonds
Qu’il tomba dans une embuscade
De Marocains nauséabonds.


MORALITE

L’homme est quelquefois moins brave
Que ce monarque du désert ;
Mais, comme lui, s’il fait le zouave,
Il est fichu. A quoi ça sert ?…




RAOUL PONCHON
Le Journal
14 sept. 1903

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27 sept. 2007

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Ode au « Petit-Sucrier »
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Ode à Max Lebaudy, nommé "le petit sucrier", fils à papa pourri par l'argent.
Né en 1873, il se retrouve, à sa majorité, à la tête de 27 millions de francs hérités de son père, le raffineur Jules Lebaudy. Mais cet argent, qu'il n'eut pas à gagner, il s'entend très bien à le gaspiller, entouré de nombreux profiteurs et se distingue par ses coûteuses extravagances (construction à grands frais d’ arènes à Maisons-Laffitte pour des courses de taureau etc…). Anecdote reprise dans le Journal de Jules Renard : Allais et Ponchon dinant chez Max Lebaudy, ce dernier se leva de table et leur dit devant l’assistance :
- Quand je pense qu’il n’y a que vous deux, ici, qui ne m’avez pas encore tapé !




Toi qui détiens les fortes sommes,
Toi pour qui tout est sucre et miel,

Cependant qu’à nous, pauvres hommes
Tout n’est qu’absinthe et n’est que fiel,
Toi qui n’eût besoin que de naître
( Quand je dis besoin !…) pour connaître
L’or qu’on jette par la fenêtre
Sans compter, sans même y songer,
Il parait que tu es bon diable
Et que ton cœur est serviable ;
Eh bien, qu’il te soit pitoyable
Cet or, et qu’il te soit léger !

Qu’il n’embarrasse pas tes veilles
De soins divers et superflus
Cet or, merveille des merveilles !
A quoi bon un youtre de plus ?
Qu’il te laisse en la nuit profonde,
Dormir ainsi que tout le monde,
Et qu’il ne vienne pas, immonde
Et vertigineux cauchemar,
Abréger tes nuits déjà brèves,
Qu’il ne pose pas sur tes rêves
Tes yeux aigus comme des glaives,
Ses tentacules de calmar.

Il convient que ton numéraire
Bien loin de te faire valoir
Tu le gaspilles au contraire
Avec un certain nonchaloir.
On n’a pas attendu l’esthète
Bolpurget, ni Trévost qui tête
Non plus que cette forte tête
Que l’on appelle Dumaphis,
Pour savoir qu’une loi sévère
Veut que l’or conquis par le père
Au sein d’un commerce prospère
Soit dilapidé par le fils.
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Oh ! cela n’est pas bien facile
D’être Crésus à l’impromptu ;
Pour que l’or ne rende imbécile
Il faut avoir quelque vertu.
Je ne sais pas si je m’égare
Mais c’est une chose aussi rare
A tout le moins qu’un bon cigare
La sagesse jointe à l’argent ;
Car si tu détenais la caisse
En même temps que la sagesse,
Je te demande, l’ami, qu’est-ce
Qui resterait à l’indigent ?

Admettons que tu n’es pas sage
Non plus que chiche de ton or ;
Pour lors, fais-en donc tel usage
Qu’il te conviendra, mais encor
Ce serait sottise notoire
Digne d’un petit servatoire
Si tu croyais obligatoire
De baffrer de la venaison,
Des petits pois et des asperges
Avec des quarts de demi-vierges,
Avant tes sagaces concierges,
Et quand ça n’est pas la saison.

Après ça c’est bien ton affaire.
De quoi je me mêle, pas vrai ?
Tu la connais la scène à faire,
L’ayant maintes fois démontré.
Ta fonction est la dépense,
Et tu es bien libre je pense,
De déconsidérer ta panse,
De détruire ton estomac ;
Je trouve également nature
Que tu prennes quatre voitures
Lorsque tu vas, par aventure,
Acheter deux sous de tabac.

Veux-tu des distractions fraîches ?
Commandite-moi des journaux,
Fonde un tas d’hospices, de crèches,
Et d’économiques journaux ;
Ou si quelque énorme fringale
Te travaille comme une gale,
A l’instar d’un prince de Galle,
Fais par jour tes dix-huit repas,
Meuble tes lits, bourre tes caves,
De vins vieux, de jeunes esclaves,
Fais de ton or des choux… des raves…
Surtout ne me le donne pas.


Eh ! Par la fressure du pape !
Qu’est-ce que je ferais, grands dieux ?
De ta fortune de satrape,
De tous ces écus odieux ?
Quand, par hasard, sans crier gare,
Un peu de me nouille s’égare
Dans mon cinquième, et bizarre
Quelque fafiot, sache-le,
La chose encore que plaisante,
Me semble…voilà tout…présente,
Et tout d’abord me représente
Des étoiles sur un ciel bleu.

Si le Seigneur, pour ma consomme,
Du haut de son ciel de lapis
Versait sur moi la forte somme
Je me dirais : tant pis, tant pis.
Richesse n’est point qui m’émeuve ;
Les seuls vrais plaisirs je les treuve
Dans la nature toujours neuve,
Tu peux m’en croire, my dear child ;
Je connais quelles sont mes voies,
Et j’aurais de plus pures joies,
A coup sûr, à garder les oies ;
Qu’à paître l’or comme Rothschild.

Je suis de candeur sans pareille,
Et je n’aime vraiment qu’aimer ;
Je me réjouis d’une abeille,
Une rose me fait pâmer,
Lorsque la Mort, mon souci moindre,
Viendra me réclamer et m’oindre
Pour la grande étape rejoindre,
Comme j’aurai toujours vécu,
En mon humble philosophie,
Sans ambition, sans envie,
Je veux sortir de cette vie
N’ayant que ma chemise au cu.

J’écoute que tu vas me dire :
« Pourquoi de ce que tu n’as pas
Parler ainsi, racleur de lyre ? »
Je te répondrai de ce pas :
« Mais, je n’ai pas non plus la teigne…
Veux-tu que je la dépeigne ?
Dans mes cheveux elle ne daigne,
Je puis en parler nonobstant ;
Et me faut-il lire un poème
De Bornier, cet autre lui-même,
Pour savoir qu’il est pâle et blême
Et profondément attristant ? »




Raoul Ponchon

juillet 1895



* Max Lebaudy meurt le soir de Noël 1895