29 sept. 2008

.
.
.
VICTOIRE !
.
La science ne dit pas d’un voleur qu’il est voleur.
Elle dit qu’il a la bosse de l’acquisivité admirablement développée.
RAIBERTI *
.
.
Victoire ! autrement qu’en un songe
Il était vraiment temps, vieux Bob, *
Que tu réduisisses ce Cronje *
Insolent à l’état de Job.

A Londres, c’était le marasme.
On ne voyait plus nulle part
Ce belliqueux enthousiasme
De tout un peuple à ton départ.

Quand tu demandais un Maxime
Tes vœux demeuraient superflus :
L’argent se faisant rarissime,
Et l’artilleur encore plus.

On ne trouvait plus pour la guerre
De volontaires convaincus ;
S’ils s’enrôlaient, çà n’était guère
Qu’à grands coups de pied dans le dos.


Chamberlain avait la jaunisse ;
La dette montait, l’or baissait.
On craignait pour l’Impératrice,
Son aiglon même en maigrissait.

Les théâtres demeuraient vides.
On ne faisait plus de succès
Qu’à certaines chansons stupides
Raillant ces cochons de Français.

Enfin, les nez croissaient d’une aune,
Par jour et par individu,
Dans cette sombre Babylone
Qu’est Londres à ses moments perdus.

Mais tu parais, grand Alexandre !
Et tu surgis, Napoléon !
Et l’espoir renaît de sa cendre,
Et Londres redevient London !


On tire des feux d’artifice,
On dresse des arcs triomphaux.
C’est des drapeaux au War Office,
Des lampions sur des chapeaux.

L’un menace, l’autre gasconne,
Maintenant c’est un vrai plaisir :
On n’a plus besoin de personne,
Et tout le monde veut partir.

Les mines d’or montent. La foule
« Struggle for life » dans le gin,
Alternant le « Britannia rule »
Avec le « God save the Queen »,

Jusques à l’entière aphonie.
Quand on s’aborde, c’est « My dear,
Hein ? ce Chamberlain, quel génie !
Ce Cecil Rhodes, quel martyr ! *

Chantons aujourd'hui ! Les négoces
Demain matin auront leur tour.
Et les papas fouettent leurs gosses
Pour leur rappeler ce beau jour.


« Et ce vieux Bob, donc ! quel stratège !
Français, cela vous clôt le bec
Vous, qui nous croyiez pris au piège,
Sachez que le vieux Bob, avec

« Quarante mille, pas plus, drilles
A pris trois mille Boers vivants,
Dont maintes femmes, plusieurs filles,
Sans compter les petits enfants ! »


RAOUL PONCHON
Le Journal
05 mars 1900

.
.

1 commentaire:

Apoc a dit…

magnifique constat. les Américains auraient bien voulu faire de même en Irak, mais peu inspiré et l'époque n'étant pas la même, l'économie n'est pas repartie... tout cela ne dure qu'un temps (celui des colons !)... erreur de stratégie de gens primaires avec les résultats , en partie, que l'on connait actuellement !catastrophe évidemment....