11 déc. 2007

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LA FEMME AU MASQUE
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Ah ! Mon Dieu ! Mademoiselle,
Ou Madame, quel souci
Vous pousse ? Pourquoi ce zèle
A nous intriguer ainsi ?

Pourquoi ce masque farouche
Qui nous fait tant soucieux
De savoir si votre bouche
Ne nous ment pas sur vos yeux ?

Et que voilà qui est traître
Pour nous, pâles débauchés,
Qui ne désirons connaître
Que ce que vous nous cachez.

Toujours, aux lustres qui flambent,
Quand, vous dévoilez vos seins,
C’est au galbe de vos jambes
Que s’en vont tous nos desseins.
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De même, si dans les Suisses
Vous nous montrez vos mollets,
Ou vos excellente cuisses
Sur le sable ou les galets,

Nous devenons vite injustes
Pour cette rare faveur,
Et votre précieux buste
Nous rend aussitôt rêveurs.

O toi donc, femme fantasque,
Qui te dissimules sous
Cet impénétrable masque,
Tu mets sans dessus dessous

Nos pauvres cocus à la manque,
Et c’est, au même moment,
Ton visage qui nous manque,
Et c’est ton regard charmant.


Serais-tu cent fois mieux faite
Que tu l’es du haut en bas,
Si je ne vois pas la tête,
Je ne m’en console pas.

Ah ! Pourquoi ce masque rouge
Sournois et plus impudent
Que la lanterne d’un bouge,
Et tellement obsédant ?

Aurais-tu donc une gueule
Absurde, avec un nez bleu ?
Ou les rides d’une aïeule ?
En ce cas-là, garde-le.

N’es-tu qu’une académie
Admirable ? Je ne sais.
Certes, mannequin, mamie,
C’est beaucoup, mais pas assez.

Je veux te croire sublime
Au contraire, de beauté,
Sous ton masque. C’est un crime,
Alors, de ne point l’ôter.

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Ce qu’il nous faut de la femme,
Avant tout ce sont ses yeux
Qui nous dévoilent son âme,
C’est son front délicieux.

La pureté de sa ligne
Ne saurait faire valoir
Sa tête, s’elle est indigne,
Son nez, s’il est laid à voir.

Tandis, si sa face est belle,
Elle équilibre son corps,
Celui-ci fût-il rebelle
Aux plus simples des accords.


RAOUL PONCHON
Le Courrier Français
12 octobre 1905




1 commentaire:

gilberto a dit…

Magnifique