7 mai 2010

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.LES TEMPS SONT PROCHES
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Il est évident, mes frères,
Que les Dieux nous sont contraires,

Nous traitent en Polonais.
Jamais ces divines rosses
Ne furent aussi féroces
Depuis que je les connais.

Jamais depuis le Déluge *

On ne vit un tel grabuge,
Telle faune de fléaux
Se ruer sur notre terre :
C’est la nuit, c’est le chaos.


On ne voit que tragédies,
Que cyclones , incendies…
Ce ne sont que continents
Qui prennent feu, qui s’affaissent,
Finalement disparaissent
Sous les flots incontinents.

N’est-ce point une merveille
Que, m’étant couché la veille,
Homme sur mon paillasson,
De deux chances j’en aie une
Au sein de la mer commune
De me réveiller poisson ?…


*
* ...*
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Oh ! les Dieux nous sont contraires,
Voyez Saint-Pierre, mes frères, *

Aux brasiers des monts Pelés
Comme de la cire fondre !
N’est-ce pas de quoi confondre
Les cerveaux les plus meublés ?


Quelqu’un a dit : « Bast ! des nègres,
Pour la plupart,, basses pègres
Qui, pour ainsi dire, sont
Carbonisés de naissance… »
C’est parler avec aisance.
Ce n’est pas une raison.


Et ce cas n’est pas unique
De la pauvre Martinique ;
Que vous ne vous y trompiez.
Ce qui se passe aux Antilles
Ce n’est là que des broutilles
A défrayer vos « papiers ».


Attendez-en de plus belles.
On a de sales nouvelles
De l’affreux Cotopaxi.*
Le Krakatoa doit geindre…*
N’auriez-vous donc rien à craindre
Dans la vieille Europe ? Ah ! Qu’si !




Dans leurs îles solitaires
Se réveillent les cratères…
Le Vésuve est tout dispo.
Déjà crache des chenilles
Le Stromboli des familles,
Qu’on croyait de tout repos.



Des astronomes insignes
Ont déjà compté des signes
Précurseurs du grand chambard
Qui doit nous réduire en cendre.
Allez, vous pouvez m’entendre,
Notre sort n’est pas flambard.


Quand ce ne serait qu’en France,
Rien qu’à voir l’incohérence
Qui préside à nos saisons,
N’est-ce pas là de quoi faire
Ou plutôt nous faire faire…
Tout le long de nos maisons ?…


O a vu l’autre semaine
Cet étrange phénomène
Deux hommes tombés du ciel.
Oh ! Vous avez beau sourire,
Vous ne me ferez pas dire,
Que le fait soit naturel.




On a signalé de même
Une procession blême
De braves pèlerins dont,
Une fois rendus à Lourde,
Il ne restait que la gourde,
La coquille et le bourdon.


Tout doit ainsi disparaître.
Seul, Flammarion, peut-être,
Dedans son sismographoir
Résistera. La boussole
Depuis longtemps fait la folle
Et ne veut plus rien savoir.


Ce sont là des phénomènes
Que nos cervelles humaines
Refusent, mais voilà bien
De quoi semer l’épouvante
Chez toute espèce vivante,
En toute âme de chrétien.


Il est clair comme eau de roche,
Que la fin du Monde est proche…
Prenons donc le verre en main.
C’est aujourd’hui qu’il faut boire,
Amis, vous pouvez m’en croire,
Il serait trop tard demain.
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RAOUL PONCHON
Le Journal
19 mai 1902




1 commentaire:

roby a dit…

magnifique gazette ! et toujours bravo