A Elémir Bourges.
Un dimanche de Fructidor
Dernier, dans un village
De pêcheurs, au pays d'Armor,
Me trouvant de passage,
Juste au moment sévère
Que le recteur exaspéré
Jaillissait de sa chaire.
Femmes et jeunes filles,
Beaucoup de mathurins itou
Ouvrant leurs écoutilles.
Contre l'intempérence
Qui sévit, dans ce pays là,
Plus qu'autre part en France.
Rien comme ça n'altère...
Et nos bons mathurins salés
Se dessalent à terre.
De son réquisitoire,
Il leur dit à peu près ceci,
Si j'ai bonne mémoire.
Des gars, près de sa cure !
Se vautrer comme des pourceaux
Du troupeau d' Epicure !"
Au dessous de la brute,
A ce point, que tel croit parler,
Qui seulement quirrute...
.
" Que l'ivrognerie, à coup sûr,
Est des vices le pire,
A cause qu'il exerce sur
Les autres son empire..."
Et d'ailleurs qu'on ne devrait pas,
Malgré la soif contraire,
Boire en dehors de ses repas,
Si ce n'est de l'eau claire..."
Que si leur raison se noyait
En de sales guinguettes,
En revanche, on ne les voyait
Jamais donner aux quêtes..."
Enfin, qu'au lieu de dépenser
Tout leur "décompte" à boire,
Ils feraient mieux le lui verser
Pour s'offrir un ciboire..."
Et patati, et patata...
Il parla sur ce thème,
Trois quarts d'heure au moins, tempêta
Et lança l'anathème,
En l'entrelardant de latin
Que l'on cuisine à Rome,
Et citant du Saint Augustin
Avec du Saint Jérome.
Or, tout près de moi, j'entendis,
Après cette tirade,
Un des mathurins maudits
Dire à son camarade :
" - Hein ! crois-tu qu'il s'est emballé,
Qu'en dis-tu, mon compère ?
Tout de même, il a bien parlé...,
Allons donc boire un verre ."
RAOUL PONCHON
Muse au cabaret
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