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Sarcey la Baigneuse
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Sarcey, belle d'indolence * *
Se balance
- Miousique, monsieur Loyal -
Au mitan d'une baignoire
Toute noire
D'eau cueillie au Pont-Royal.
Pourquoi notre publisciste
Est-il triste ?
C'est facile à concevoir :
C'est son énorme bedaine
Qui le gène
Qui le gène pour se voir.
A chaque fois que l'on sonne
Il frissonne
On dirait un jeune amant ;
Il rentre alors ses histoires,
- Tristes poires ! -
Est-ce la peine vraiment ?
De son petit pied d'albâtre
Il folâtre -
On voit d'ici le tableau -
Ou plein d'une grâce molle
Il somnole,
Rêvant qu'il pèse un kilo.
Ah ! restez ici, madame,
Sur mon âme
Vous verrez le gros Sarcey,
Telle Vénus sort de l'onde
Rose et blonde,
Sans chemise et sans corset.
Ce spectacle de Carrare
Est très rare
Croyez-moi, même à Paris,
Un énorme hippopotame
Qui se pâme
En poussant de petits cris.

Quelquefois pour une mouche
Qui le touche
Il rougit comme une fleur,
Une fleur qui serait rouge :
Tais-toi, ou je
Dirai le reste, ô mon coeur !
Avec ce qu'il nous découvre,
Oh ! le Louvre
N'a pas le moindre rapport ;
Seigneur ! si ce n'est qu'un rêve
Qu'il s'achève
Car on m'attend au Rat Mort.
L'eau sur son corps qui palpite
De Delpite,
Même on l'entend s'écrier ;
Pour une aussi terne fête
Suis-je faite ?
Rendez-moi mon encrier.
Mais malgré ses deux esgourdes
Assez lourdes
Il parait qu'il n'entend pas ;
Car toujours il se balance
En cadence,
Et va murmurant tout bas :
Si j'étais auteur comique
Ou tragique
Je serais joué partout ;
Je ferais la scène à faire,
Je l'espère,
Comme le moindre Sardou ;
Il sortirait de ma plume
Un volume
De sublimes " Qu'il mourut "
Je me glisserais peut-être
Comme un maître
Entre Chivot et Duru.
Oui, tel serait mon programme
Faire un drame
Tous les jours avant midi,
Et de la bosogne obscure
N'avoir cure
Que je ponds chaque lundi.
Je serais de Valabrègue
Le collègue
Je pourrais avec Busnach
- Auteur plein de hardiesse -
Mettre en pièce
Chaque roman de Balzac.
J'allumerais ta lanterne
O J. Verne ;
Je mettrais ton godillot
Long d'ici jusqu'à Courcelle,
Decourcelle,
Ou le tien, ô Gandillot.
Je pourrais dans les coulisses,
O délices !
Caresser maints fricandeaux,
Taper Ohnet sur son ventre
Qui lui rentre
Précisément dans le dos. -

C'est de la sorte, ô Shakespeare !
Qu'il aspire
A refaire Hamlet et Puck :
Mais ne craignez rien ; en somme
Le pauvre homme
Retourne à son Volapuk.
Et tandis que le gros sale
Se désale,
Outre qu'il a fait sous lui,
En s'écoutant, - quoi d'étrange ! -
Cet archange
S'est tout à fait endormi.
Et pendant que le bonhomme
Fait un somme,
Et que l'on dirait du veau,
Je vous le dis sans emphase,
Au Gymnase
On joue un drame nouveau.
Ses confrères de la presse
En détresse
Se font des signes entr'eux.
(Dans confrère il y a frère :
Le contraire
Me semblerait désastreux.)
Vitu, dans son éloquence,
Dit : l'absence
De Sarcey me surprend fort,
Et Wolf de sa voix de phoque
Dit : Il faut que
Le misérable soit mort !
RAOUL PONCHON
le Courrier Français
28 nov. 1888
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