18 sept. 2007

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BOERS ET AUTRES


Le conflit meurtrier du Transvaal * *, en Afrique du Sud, entre Boers * et Anglais, permet à Ponchon de règler ses comptes avec l'Empire britannique.........

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Bon petit peuple qui fumes
Ta pipe sous l’œil de Dieu,
Qui fais pousser tes légumes
Pour mettre en ton pot-au-feu ;

Qui, si loin de nos névroses,
On croirait loin des méchants,
Cultives en paix tes roses,
Et tes femmes, et tes champs ;

Qui vis en état de grâce
Dans ton fortuné Transvaal,
Las ! Voici l’Anglais vorace
Avec ses dents de cheval ! 1

Voplà sur toi qu’il se rue.
En vain ton droit se débat :
Il faut changer ta charrue
Contre l’outil de combat.
J’ignore quelle est l’offense
D’où vint votre désaccord
Et veux l’ignorer… Je pense,
Au demeurant, qu’il a tort.

Selon sa vieille coutume,
Pour te prendre en ses filets,
Il t’a cherché, je présume,
Une querelle d’Anglais.

Tu voudrais, en quelque sorte,
Demeurer maître chez toi ?…
Hé ! Que le diable t’emporte !
L’Anglais, voilà bien ton roi.

Faut-il, Boer chimérique,
Entêté comme un martyr,
Que tu sois du Sud-Afrique,
Pour n’y vouloir consentir !

Pauvre petit énergique,
Ne sais-tu pas, mon ami,
Que depuis la nuit tragique
De la Saint-Barthélémy,

Même bien avant, si j’ose…
Quand sont nés les appétits,
C’est toujours la même chose :
Les grands mangent les petits ?


Tu veux que l’Anglais t’oublie ?
Il t’oubliera, si tu veux.
Mais ton or ! C’est la folie,
Oncle Paul 2, de tes neveux.

Car je me suis laissé dire
- Tu m’en vois baver encor -
Que ton misérable empire
Regorge de mines d’or !

Mais tu les laisses en friche,
Bien mieux, dessus, tu t’assieds.
Or, l’Anglais, qui ne s’en fiche,
Préfère en être caissier.

Cela ne sert personne
De l’or qui jamais ne sort ;
Pour si peu que l’on résonne,
Qu’est-ce que l’or qui dort ?

Autant que l’Anglais le prenne -
A lui tu peux te fier, -
Et qu’il - au nom de la Reine,-
Le fasse fructifier.



Tu ne me parais pas croire,
D’ailleurs, voire te douter,
Que cette vieille Victoire
A des enfants à doter,

Et que son fiston de Galles
En a quelques-uns aussi…
Et que toutes ces fringales
Sont exigeantes. Ainsi

Laisse donc cet Anglais blême
Prendre ton or. Dieu merci,
De le récolter toi-même
Il t’ôtera le souci.

Mais non, à peine il menace
De te réduire à néant,
Que tu te lèves en masse
Ainsi qu’un peuple géant.

Et, bien loin d’avoir la frousse,
Tu vas chez ton armurier,3
Et prends aussitôt la brousse :
Vrai, ça n’est pas un métier.


Vois notre France, en Europe,
Ca n’est pas de ces pays
Qu’on regarde au microscope
Avec des yeux ébahis…

C’est une voix au chapitre,
Un pays civilisé,
Et qui passe à juste titre
Pour être fin et rusé ;


Eh bien ! Lorsque l’Angleterre
Lui dit :« Va-t’en, de ce pas,
De tel endroit de la terre « ,
Elle ne rouspète pas.

Ca vaut mieux, tu peux m’en croire,
O mon brave Afrikander !
Plutôt qu’avoir des histoires :
Allons, tais ton bec, boer
* ! 4



Raoul Ponchon
le Journal
16 oct. 1899



1 Les journaux de cette époque n'étaient jamais tendres pour les Anglais. L'Illustration du 22 août 1896 cite cette réflexion puisée chez Ch. de Marillac (1510-1560) : " L'Angleterre : nation avide et rapace qui trouve aisément mille moyens pour attirer et prendre à soy, mais n'en admet pas un seul pour lascher et bailler " ( Illustration, p 151).
2 Paul Krüger, président de la république Sud-Africaine (1825-1904).
3 Les Boers avaient discrètement acheté des canons en 1895 et 1899, particulièrement au Creusot (Illustration,6 janvier 1900,p 8).
4 Variation sur Bec Auer...





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