28 sept. 2007

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L’homme à la Mer
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Non, l’homme quoi qu’en pense Ohnet,
N’est plus cet être pur, beau, net,
Que la Genèse reconnaît ;

Le délicieux plantigrade,
Le premier de la faune en grade,
Avec Eve sa camarade ;

Le roi, suprême argument
Du Seigneur sous le firmament…
Il ne l’est plus, décidément.

De quelque façon qu’il s’habille,
D’une pourpre ou d’une guenille,
C’est toujours la même chenille ;

Et s’il se sauce dans la mer,
En maillot, ou nu comme un ver
Son cas est encore plus clair.

O Darwin, prince des gorilles,
Des chimpanzés et des mandrilles,
Par ton flair d’artilleur tu brilles !

L’homme est mal fichu, farfichu.
De quel atavisme a-t-il chu ?
Tu l’as dit : d’un singe…déchu.

Tenez, à c’t’heure, je m’imprègne
Entre Quimper et la Sardaigne
De tout en peuple qui se baigne.

Ah ! que ces dames et messieurs
Sont vilains ! n’est-ce pas, mes yeux ?
Sans doute je ne suis pas mieux…

Mais, que diable ! aussi je me cache.
Quand je veux tremper ma ganache
Je n’arbore pas un panache.


Voyez-les. C’est bien différent :
Il n’est pas si fâcheux orang
Qui ne prenne un air conquérant,

Ne semble dire avec emphase :
Vous me pouvez du haut en base
Regardez, hein ? Je vous écrase

De mon galbe, mes chers petits.
Ceux qui sont autrement bâtis
Que mézigue, sont mal bâtis.

L’un montre une face à …clystère,
Cet autre ne fait pas mystère
De ses bras qui traînent à terre.


Voici des pansus, des fessus,
Des bancroches et des bossus.
Les yeux sont à tout coup déçus.

Voilà maintenant des aztèques,
Des babouins, cercopithèques
Au crâne en forme de pastèques.


On en voit qui sont grenouillards,
Fabriqués par d’affreux vieillards,
On veut croire, sur des billards.

Celui-ci qui fait des épates
A l’air d’un saucisson à pattes,
Celui-là d’un ours des Karpathes…

J’en passe et de plus désastreux :
Et les dartreux et les goîtreux,
Et les chancreux et les Hébreux.

Cette découverte, ô Darwinge !
Que l’homme descendait du singe
N’a pas fatigué ta méninge.

Non seulement il en descend,
Mais encor d’un signe indécent
Qui s’est débauché mille et cent…

Avec des vaches, des morues…
Un tas de bêtes incongrues…
Des bornes et des coins de rues.

C’est pourquoi prenant mon amer,
Tout en me voyant dans la mer,
Je me surprends à dire : ah mer… !


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RAOUL PONCHON
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