29 sept. 2007

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LA PROMOTION
du
" POIREAU "


Le Mérite agricole * se décerne d’une façon encore plus fantaisiste que les palmes.



Une chose des plus comiques,
Assurément, sous notre ciel,
C’est la liste à l’Officiel
De nos palmés académiques.

Cependant je ne sais pas trop
Si ce n’est pas encore plus folle
Celle du « Mérite agricole »,
Vulgairement nommé Poireau.
Voici : chez nous, n’en doutez mie,
On trouve autant d’académies
( Ne serait-ce de billards )
Que de lettres et de beaux-arts.
Et donc, que voulez-vous ? Quiconque,
Du jour qu’il peut se réclamer
D’une académie quelconque,
J’admets qu’on le puisse palmer.


Mais, quant au Mérite agricole,
Si j’en crois le sens de l’école,
Il semble bien que seulement
Devraient en être titulaires
Ceux-là qui cultivent les terres,
Pour mettre plus grand agrément.
Il est de ces décorés dignes
De l’être, nous les connaissons ,
Et ceux-là travaillent nos vignes,
Et nos jardins et nos moissons.

On voit que la susdite liste,
En revanche, plus fantaisistes,
Les noms de quelques bons bistros,
D’inspecteurs du gaz, du Métro,
Des courants d’air de Paris, voire
De perceurs de trous d’écumoire,
De ténors, de chefs de bureau…
Soit d’excellentes créatures,
Dont le plus malin ne saura
Rien du tout de l’agriculture,
Sinon qu’elle manque de bras.

Mais, qui passe tout hyperbole,
C’est la quantité de guerriers
A qui l’on donne volontiers
Ce même Mérite agricole !
Sont-ce là des Cincinnatus ?
*
Et se livrent-ils tant et plus
A quelque culture intensive,
Après avoir lâché l’Active ?…
Ou sont-ils encore… ô rébus !
De ces gens ayant la charrue,
Ainsi que l’épée, en horreur,
Et que, pour cette raison drue,
On nomme soldats-laboureurs,
Comme dit l’autre ? On se demande :
« Qu’est-ce donc qui les recommande
A cette distinction ? » Rien,
Sauf qu’ils la désirent. Eh bien,
Je la désire moi-même,
Cette médaille de carême.


On ira me la contestant,
C’est plus que probable, et pourtant
Dans une certaine mesure,
Autant que tel autre importun,
J’ai des titres, je vous assure,
Dont je ne veux retenir qu’un :
Il n’est pas si tellement farce
Qu’il semblerait, s’il n’est pas gros.
Je demande le Poireau, parce
Que j’aime la soupe aux poireaux.


RAOUL PONCHON


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