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13 oct. 2007

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Deux quatrains
pour mes petites chéries
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Je lui dis : Lève tes beaux yeux ;
Vois ces deux étoiles aux cieux
Plus glorieuses que les autres :
Ma mignonne, ce sont les nôtres.


*
* ..*


J'écrirai ton nom, mon aimée,
Sur une table avec du vin ;
La liqueur la plus parfumée
Dira le nom le plus divin.



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
12 juin 1892



12 oct. 2007

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LA PIPE
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A Raoul Ponchon


Fumer, est-ce mal, est-ce bien ?
Je prends ma pipe, je l'allume,
Et je fume,
Avec l'âpre plaisir que donne un culte ancien.


Je voudrais un fourneau vaste comme une cuve...
- On rêve toujours mieux qu'on n'a ; -
A ma lèvre, il faudrait l'Etna,
Le Vésuve !

J'espère que dans sa bonté,
Près de lui Dieu voudra permettre
A tout être
De se payer là-haut l'instrument enchanté ;


A moins que les élus n'aient pour pipe commune
Quelque soleil discrédité,
Ou tel cratère culotté
De la lune.

Aucun voyageur n'a trouvé
D'animaux fumant sur terre :
La Chimère
Seule fumait, dit-on, mais ce n'est pas prouvé.


Les dieux n'ont pas connu ce passe-temps suprême,
Et le Cyclope eût mis à sac
Le ciel, sans trouver de tabac,
L'enfer même.


Seule la noble humanité,
Et c'est son éternelle gloire
Dans l'histoire,
De la pipe à compris toute la majesté.

Avec la passion d'un royal omnivore,
L'homme s'endort en savourant
Le nuage qui, transparent,
Se colore.


Il s'enveloppe, radieux,
Quand cela lui plaît, de longs voiles
Pleins d'étoiles,
Et sent entre ses dents passer l'azur des cieux.

Au milieu de la foule il marche en solitaire...
Bientôt se dissipent tous bruits ;
C'est la sérénité des nuits,
Le mystère.


Pendant ce temps, le long tuyau
A la lèvre tiède en silence
Se balance
Branche où se poserait sans péril un oiseau ;

Canal par où l'essaim des flottantes pensées
Va brûler ses ailes au feu,
Sous un large tourbillon bleu
De nuées...


Et lorsque tout redevient clair,
Comme en une mer sans rivage
L'âme nage
Dans le calme absolu de l'impassible éther (1).




EMILE DITIERS

le Courrier Français
fév. 1892



(1) ce dernier vers est dédié à Leconte de Lisle.
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Chanson des Pirates
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Nous filions quinze noeuds à l'heure
Nez au vent et vent dans le dos,
Allant vers cet Eldorado
Que l'on nomme l'Assiette au Beurre ;
Rapides comme des liqueurs
Qui passent devant la douane :
Sur la galère panamane
Nous étions quatre cents rameurs.

Un jour - je ne sais plus la date -
En passant un détroit, lequel
Est dit suffrage universel
En notre langue de pirate,
Sur des rocs, pauvres écumeurs,
Nous faillîmes rester en panne ;
Sur la galère panamane
Nous étions quatre cents rameurs.

Nous étions trop chargés, je pense,
Aussi jetâmes-nous d'abord
La foi, l'honneur, par dessus-bord,
Et petit père la Conscience.
Ainsi délestés des gêneurs
Nous regardâmes la mer plane ;
Sur la galère panamane
Nous étions quatre cents rameurs.

Un autre jour près d'un rivage,
Nous vîmes, heureux matelots,
Telle Vénus au sein des flots,
Une jeune vierge à la nage.
Elle avait la grâce des fleurs
Et son nom était Marianne ;
Sur la galère panamane
Nous étions quatre cents rameurs.

Nous jetâmes l'ancre bien vite,
Et dès que l'on l'eut prise à bord,
Nous nous ruâmes tout d'abord
Sur la malheureuse petite ;
Quatre cent vieillards querelleurs
S'arrachèrent cette Suzanne ;
Sur la galère panamane
Nous étions quatre cents rameurs.

Et c'est ainsi que Marianne
Nue et blanche au soleil d'été
Et dont l'exquise pureté
Etait pour les coeurs une manne,
Du fait de quatre cent violeurs
De vierge devint courtisanne :
Sur la galère panamane
Nous étions quatre cents rameurs.

RAOUL PONCHON
le Courrier Français
11 déc. 1892
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Cette gazette, relative à l'affaire de Panama est une parodie de Victor Hugo :
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Chanson de pirates

Nous emmenions en esclavage
Cent chrétiens, pêcheurs de corail ;
Nous recrutions pour le sérail
Dans tous les moûtiers du rivage.
En mer, les hardis écumeurs !
Nous allions de Fez à Catane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.

On signale un couvent à terre.
Nous jetons l'ancre près du bord.
A nos yeux s'offre tout d'abord
Une fille du monastère.
Prés des flots, sourde à leurs rumeurs,
Elle dormait sous un platane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.

- La belle fille, il faut vous taire,
Il faut nous suivre. Il fait bon vent.
Ce n'est que changer de couvent.
Le harem vaut le monastère.
Sa hautesse aime les primeurs,
Nous vous ferons mahométane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.

Elle veut fuir vers sa chapelle.
- Osez-vous bien, fils de Satan ?
- Nous osons, dit le capitan.
Elle pleure, supplie, appelle.
Malgré sa plainte et ses clameurs,
On l'emporta dans la tartane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.

Plus belle encor dans sa tristesse,
Ses yeux étaient deux talismans.
Elle valait mille tomans ;
On la vendit à sa hautesse.
Elle eut beau dire : Je me meurs !
De nonne elle devint sultane...
Dans la galère capitane
Nous étions quatre-vingts rameurs.

Victor Hugo
Les Orientales
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Le Poète se plaint...
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à J. R.....

Je passe ma vie à crever de faim
Parmi des bourgeois gavés et pensus,
Et quand par hasard je trouve du pain,
Je n'ai que du vent à mettre dessus.

Je ne loge pas non plus, et souvent
Je n'ai pas mon soûl du tant doux sommeil
Et je fais le beau comme un chien savant
Afin de gagner ma part de soleil...


Raoul Ponchon

le Courrier Français
12 juin 1892


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LE PETOMANE
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Or, un jour, d'homme un pauvre diable
Se trouvant d'hôte à une table
Fit un pet énorme, effroyable,

Mais là, vous savez, un pet tel
Qu'il ne semblait pas d'un mortel,
Et qu'il fit trembler tout l'hôtel,

Tant, qu'on eût dit ce pet d'ermite
L'explosion d'une marmite
De mélinite ou dynamite.

Notre homme alors de se baisser
Comme s'il voulait ramasser
Le pet qu'il venait de lancer.

Tandis les gens à se remetre
Dès qu'ils apprirent à connaître
D'où ce bruit avait bien pu naître,

Sous la table notre chinois
S'était tiré des pieds, sournois,
En tapipi, en tapinois,


Et comme un que le diable emporte
Il avait jà franchi la porte
Se faisant plus plat qu'un cloporte.

Et dès le lendemain sur lui,
Tellement vite il avait fui,
Un autre soleil avait lui.

Il alla dans quelque autre Amérique
Ou autre pays chimérique
Promener son pet homérique.

" Vois la misère où tu me mets,
O honte ! ne plus voir jamais
Mon tant doux pays que j'aimais !

" - Disait-il - ma vie est cassée :
La chose, hélas ! s'étant passée
Devant ma chaste fiancée.

" Voudrait-elle me voir ? oh non !
Je suis sûr que déjà mon nom
Pour elle c'est Agamemnon...
"


*
* *

Il voyagea bien des années ;
Semblaient être ses destinées
D'un entrepreneur de tournées.

Il eut des hauts, il eut des bas,
Il eut de l'argent dans ses bas
Comme des fois il n'en eut pas.

Il joua. Il prit des maîtresses
Tantôt blanches, tantôt négresses
Mais resta nul sous leurs caresses ;

Car au moment victorieux,
Quand il croyait toucher aux cieux,
Il avait son pet sous les yeux.

Et partout, quoique dans l'espace
Il allât, tel un vent qui passe
Il voyait ce pet face à face ;

On eut dit son propre reflet.
D'autres fois, il le trembalait
Derrière lui comme un boulet.

Après vingt ans de cette vie
Odieusement asservie
Il n'eut plus au coeur qu'une envie :

Comme il se sentait dépérir
A de la sorte ainsi courir,
Il voulut avant de mourir

Revoir le ciel de sa patrie
Et puis sa petite chérie.
" S'il plaît à la Vierge Marie !...

" Sans doute - pensait-il - là-bas
Ils auront oublié mon cas
Ou bien ne me remettront pas.

" D'ailleurs, tant pis ! qu'on me lapide ! "
Aussitôt dit, notre intrépide
Revint chez lui par le rapide.


*
* *

A peine avait-il débarqué
Qu'il a déjà tout remarqué,
Tout allumé, tout reluqué.

...L'école à gauche... ici; l'église...
Tout près de là se trouve sise
La chambrette de sa promise...


Mais quelque chose le troubla...
C'est un pont qui n'était pas là
En l'année ousqu'il s'exila.

Lors, avisant sur une route
Un cantonnier cassant sa croûte,
Il lui dit : " Cantonnier, écoute,

" Apprends-moi le nom de ce pont ? "
Le cantonnier lui répond :
" C'est le pont du Pet, mon fiston. "

" - Quoi ! - Que le diable vous emporte !
D'où venez-vous ? ...Enfin, n'importe !
Si l'on le nomme de la sorte,

" C'est à cause qu'il fut construit
Le même an ou l'auteur s'enfuit
De ce pet qui fit tant de bruit. "


Notre homme alors, à ce langage,
Repris sa malle et son courage
Et son sempiternel voyage.

On l'entendit se répéter :
" Si je ne suis bon qu'à péter :
Je vais donc péter et ...péter. "

Il arriva, si l'on peut dire,
A péter comme l'on respire,
Comme Sardou fait du Shakespeare.

Pour être harmonieux,
Il ne mangeait que farineux
Rapport aux gaz qui sont en eux.

Il put bientôt, de façon nette
Imiter harpe et clarinette,
Aussi la voix la plus honnête.

A vocalise tout le temps,
Il fit des progrès épatants.
Ca lui demanda un printemps :

Avant même l'année entière,
Sachez qu'il chantait la prière
De Moïse avec son derrière.

Si bien qu'il se dit : " Tiens, tiens, tiens !
Ne pourrai-je par ces moyens
Em...bêter mes concitoyens... ? "


*
* *

Bientôt, au son de la trompette
Il fit clamer : " L'homme qui pête,
Est ici, qu'on se le répère !

Cet homme peut à volonté
Péter, puer en socièté,
Et cela l'hiver comme été. "

Chacun voulut voir ce prodige
Et toute la ville, vous dis-je,
Fut comme prise de vertige !


*
* *

Et voila que cet indigent
Qui croyait em...bêter les gens
Gagne en pétant beaucoup d'argent.



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
05 juin 1892


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TROIS QUATRAINS POUR BIBI
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Je suis plein de bienportance,
Je digère excellemment,
Et voyez quelle est ma chance,
Je fais des rêves charmants.

Un Rothschild enceint de piastres
N'est pas si riche que moi,
Car je décroche des astres
Quand je veux, du bout du doigt.

J'aime vivre sans secousse
Comme toi, sir John Falstaff ;
Oh ! que ma mort sera douce
Si je meurs sans avoir souaf !



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
12 juin 1892



10 oct. 2007

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VERS POUR LES PETITES CHERIES
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le poète feint de se livrer à la boisson
pour oublier sa petite chérie.


Dans le sein d'une brasserie
Je l'attendis un jour entier ;
Vraiment, ça n'est pas un métier,
Vous en conviendrez, ma chérie.

Pour comble, le cabaretier
Ne recevait que la Patrie.
Dans le sein d'une brasserie
Je l'attendis un jour entier.

Alors, je bus une série
De bocks, autant pour t'oublier
Que pour faire mon templier.
Dame, que faire, je te prie,
Dans le sein d'une brasserie ?

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il affecte de se consoler
avec une autre


- Allons, vite, mon bon cocher,
Vers la charmante que j'adore ;
Je te couvrirai d'or sonore
Si ton canasson veut marcher.

Elle m'attend pour se coucher,
Je te le dis sans métaphore :
Allons, vite, mon bon cocher,
Vers la charmante que j'adore.

- La belle que tu vas chercher,
Je l'ai conduite hier encore
Chez je ne sais quel mirliflore
Mais, j'en sais une... ru' Richer...
- Allons, vite, mon bon cocher.




il ne veut pas marcher
avec la négresse



- Mâtin, ma fille, c'est bien cher,
Dis-je à cette petite blonde
Qui voulait Ophir et Golconde :
Tu me prends pour un bookmaker.

Je dis de même à la seconde :
- Et toi dont l'oeil lance un éclair ?
- C'est vingt-cinq louis, somme ronde.
- Mâtin, ma fille, c'est bien cher.

Et toi, plus noire que l'enfer,
Dont les seins flottent comme l'onde ?
- Rien, dirent d'une voix jucunde,
Ces cent trente kilos de chair.
- Nom de Dieu, c'est encor trop cher.




par bonheur il rencontre
une marquise



Marquise, je ne vois qu'un bout
De votre rose jarretière.
Montrez-moi votre jambe entière
Ou ne la montrez pas du tout.

Dieu, que vous êtes cachottière !
Ayez confiance en mon goût :
Marquise, je ne vois qu'un bout
De votre rose jarretière.

Le reste a-t-il même ragoût ?
Jusques à preuve du contraire,
Je crois, votre jambe altière
N'est pas bien faite de partout.
Marquise, je n'en vois qu'un bout...

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RAOUL PONCHON
le Courrier Français
9 oct. 1892




il en rencontre une au " Pôle Nord "


Vous patiniez, ma chérie,
Quand je vous vis au Pôle Nord,
Et vous me plûtes tout d'abord...
J'avais bien dîné, je parie...

Nous fimes ensemble un record
En sortant de cette écurie...
Vous patiniez, ma chérie,
Plus joliment au Pôle Nord.

Hélas ! mystère et Sibérie !
Non, je n'en eus pas pour mes ors.
Et quand vous vantiez vos trésors,
Quelle bonne plaisanterie !
Vous badiniez, ma chérie.



une deuxième veut se lancer dans la poésie,
il l'en dissuade


Lâche donc Pégase, oh ! la la !
Et travaille pour la revanche ;
Ca vaut bien mieux, ma vieille branche,
Demande plutôt à Zola.

Guidé par une patte blanche
Jamais bien haut il ne vola.
Lâche donc Pégase, oh ! la la !
Et travaille pour la revanche.

Ton cheval, vois-tu bien, c'est la
Guitare à quatre pieds, sans manche
Où ton personnage s'emmanche ;
Oui, ton vrai dada, le voilà.
Lâche donc Pégase, oh ! la la !




il se félicite de sa promenade sur terre
à l'instar de Renan


Ah ! la promenade exquise
Qu’ils ont faite tous les deux :
Mon corps, ce monstre hideux,
Mon âme, cette marquise,

Dans la vie, au milieu d’Eux !
Et l’un et l’autre à sa guise !
Ah ! la promenade exquise
Qu’ils ont faite tous les deux !

Si mon corps que le Mal grise
Prit des chemins hasardeux,
Mon âme dut plaire aux dieux
Etant au Bien tout acquise.
Ah ! la promenade exquise !





RAOUL PONCHON

le Courrier Français
23 oct. 1892


4 oct. 2007




Noeud

Ce qu'il y a de meilleur dans l'homme
c'est le chien.
(Sagesse des nations)




Dans notre ville de Lutèce,
Il était une fois un chien
Bizarre et d'une folle espèce,
Maupiteux et pauvre combien !

Il était né dans une rue
Bien sûr, et, l'on veut croire aussi
D'un canard et d'une morue,
Et tenant des deux, dieu merci !

Et ne croyez pas qu'il fut bête,
Malgré qu'on l'eût baptisé Noeud,
C'était au contraire un poète
D'un entendement fabuleux.

Il ne connaissait pas de maître,
- C'est bien quelque chose cela, -
Et vivait de façon champêtre,
Tantôt par-ci, tantôt par-là.

Il allait, les mains dans ses poches,
Pitancher dans les bons endroits,
Car les restaurants sans reproches
Il les eût comptés sur ses doigts.

L'été, sous les belles étoiles,
Il roupillait dans les fortifs,
Et durant l'hiver glaçait ses moelles.
Il allait chez les gens comme i'f' ;

Car Noeud étant un très brave homme
De chien, tous les Parisiens
L'adoptaient tour à tour ; en somme
C'était le plus heureux des chiens.


*
* *

Un jour, un Lozé plein de rage,
Qui ne rêve que paste et sang,
Ordonna le hideux carnage
De tous les cabots innocents.

On vit aussitôt par la ville
Se répandre des milliers
Et des cents de sergents de ville
Qui tuaient nos chiens familiers.

Au bout d'un temps de ce manège,
Il ne restait plus à Paris
Deux chiens. On s'eût dit sous le Siège ;
Seul le bon Noeud ne fut pas pris.

On le poursuivit sans relâche
Pourtant. Mais allez-y donc voir.
Les policiers, ces grands lâches,
Couraient trois mille pour l'avoir.

Mais quelle que fût leur manoeuvre,
Ils ratèrent ce malheureux
Noeud qui plus vif qu'une couleuvre,
Se trouvait toujours derrière eux.

Après des mois et des années,
De fatigue ils étaient tous morts,
Excepté, les pattes vannées,
Ce pauvre Noeud qui vit encore.

Mon Dieu, il y a quelques entorses
De plus, et voyez ce que c'est :
Il a aussi les pattes torses,
Car il est devenu basset.


Depuis, il a repris ses rondes,
Il pisse et fait un peu partout,
Il vous emmerde tout le monde.
Foutez-lui la paix, voilà tout.



RAOUL PONCHON
Courrier Français
19 juin 1892

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Notre ami Ponchon se serait-il inspiré
du poème de son ami Jules Jouy ?
Probablement... voyez :




LA QUESTION DES CHIENS
Opinion de Bibi
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A Toumine John
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M'sieu Loze, not' préfet d'police,
Contre les cabots entre en lice.
Il paraîtrait que tous les maux
Nous vienn'nt de ces brav's animaux.
J'dis qu'il a tort de fair' des niches
A nos bons amis les caniches.
Y' a qué'qu'un qu'offre plus d' danger :
C'est l' brav'général Boulanger.
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Les chiens, errant à l'aventure,

N'aspirent pas à la dictature.
Quelque temps qu'il fass', chaud ou frais,
lls ne voyag'nt pas à nos frais.
Ils ont un' conduit' polissonne ;
Mais, quoi, ça n' fait d'mal à personne.
Y' a qué'qu'un qu'on d'vrait attacher :
C'est l' brav' général Boulanger.
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«Les chiens mord'nt», dit-on ; c'est un' craque :

I's n'mord'nt que c'lui qui les attaque,
Et puis, i's sont très rigolos,
Quand ils se dis'nt bonjour dans l'dos.
Leur voix, à tort' on la critique :
I's n'aboient pas d' la politique.
Y' a qué'qu'un qu'on devrait mus'ler :
C'est l'brav' général Boulanger.
.
La polic' les pig' par derrière,

Pour les conduire à la fourrière.
D'vant la rousse, i's sont nos égaux,
Car, leurs bêt's noir's c'est les sergots.
Au lieu de conduire à la chaîne,
Ces copains de la race humaine,
Y' a qué'qu'un qu'on devrait piger :
C'est l'braY' général Boulanger.
.
De pitié j' sens mon cœur se fendre,

Quant, comm' des bandits, j'les vois pendre.
S' passant d' cour d'assis's et d' jurés,
On les execut' sans curés.
L' bourreau, sans tambour ni trompette,
Leur-y serre la margoulette.
Y' a qué'qu'un qu'on d'vrait nettoyer:
C'est l' brav' général Boulanger.
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Jules Jouy
12 juillet 1888

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Ponchon s'amuse avec sa muse !
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le Courrier Français
24 juillet 1892
dessin Willette
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3 oct. 2007

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LE PAUVRE HOMME
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Moi

Baptiste, lis-moi le journal.
Qu’est-ce qu’il dit ?

Baptiste

Que tout va mal,
Que c’est pire que sous l’Empire,
Que chaque jour ce pire empire.


Moi

Et Rothschild ?…


Baptiste

Rothschild est content.
Il a beaucoup d’argent comptant,
Tellement même, à ce qu’on conte,
Qu’on n’en saurait faire le compte.
Jamais il ne fut mieux portant.
Il fume d’énormes cigares
Des ponchonos rares, bizarres.


Moi

Le pauvre homme !


Baptiste


Je lis encor :
Nouvelles grèves dans le Nord.
Jamais les patrons plus avares
N’ont fait les mines plus barbares ;
Vingt mille hommes crèvent de faim,
Vingt mille autres n’ont pas de pain.


Moi

Et Rothschild…


Baptiste

Rothschild se conserve ;
Il mange avec beaucoup de verve
Des tranches de bœuf, des gigots
Aussi larges que ses deux fesses,
Sur des chiées de haricots,
Qu’il digère en faisant des vesses.


Moi

Le pauvre homme !


Baptiste

Je lis aussi
Que la licence de la rue
S’est formidablement accrue
Or, d’après Jules et Passy,
Il importe que l’on endigue
La belle digue digue digue,
En formant une vaste ligue,
La belle ligue, ligue don.


Moi

Et Rothschild ?


Baptiste

Ben, ses nuits sont bonnes,
Il couche avec ses trois cents bonnes,
Et il leur traduit en latin
Et en action, l’Arétin.
*


Moi

Le pauvre homme !


Baptiste

Ce qui n’empêche
Que la République est en dêche
Et qu’il y a dans le Trésor
Non de tintantes pièces d’or,
Mais de sombres noyaux de pêche…


Moi

Et Rothschild ?



Baptiste


Rothschild ?… Eh bien, mais…
Il est plus riche que jamais,
Hier encore, dit la gazette,
Il a fait forte recette :
Comme qui dirait trois liards
Ajoutés à ses milliards.


Moi

Le pauvre homme ! Hélas ! Le pauvre homme !
Il me fait une peine énorme.



Raoul Ponchon
le Courrier Français - 21 fév 1892
muse vagabonde





27 sept. 2007

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LOTI
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Loti *, loin de son frère Yves, *
Près des rives
Qu’arrose le pont des Arts,
Vient mouiller sous la Coupole,
Nécropole
Où dorment nos vieux lézards.

Il a, selon la coutume,
*
Un costume
Tout persillé de cerfeuil,
Une épée - oh ! négative,
Qu’inactive !
Qu’il se met parfois dans l’œil.

Avec Renan et Mézières
Pour lisières.
A tribord et à babord,
Il s’asseoit, met sa perruque
Et reluque
Le vilain sexe, d’abord.

Quand, au bout d’une minute,
L’Institute
Lui dit : C’est assez t’asseoir,
Largue tout, vas-y, commence
Ta romance » ,
Il tient le suivant crachoir :


*
* *


Ma douleur est vive
Et grand mon souci :
Mon brave frère Yve
N’étant pas ici.

On eût pu - ce semble -
Lui faire de l’œil,
Nous nommer ensemble
Au même fauteuil.

Ce bougre que j’aime,
D’ailleurs parlerait
Bien mieux que moi-même
D’Octave Feuillet.

*
* *

O Feuillet
* ! O Clave !
Sous-Emile Augier,
Quel métier d’esclave,
De t’élogier !

Je dis d’esclave ivre ;
J’en suis jà moulu,
D’autant que ton livre
Je ne l’ai pas lu ;…

Non plus qu’autre chose,
Je ne lis jamais
Que ma propre prose…
Et encore… mais

Yve, en quelque sorte
Lit fort couramment ;
Ce qu’ici j’apporte,
C’est son jugement :


*
* *


« Ce roi des ganaches
Feuillet est donc mort !
Que dire des vaches
Qui vivent encore ?

« De Goncourt ?… ah, mince !
Il me fout des rots,
Daudet est trop mince
Et Zola trop gros.

« Le naturalisme
Est du sous-caca,
Le psychologisme
Du re-sous-caca ;

« Parmi - Dieu les damne ! -
Les jeunes sujets,
Prévost est un âne
Vêlé par Bourget…

« Vois-tu, mon vieux frère,
Il faut leur montrer
A tous ton derrière…
Et… pare à virer… »

Voilà, chers convives,
Ce que me disait
Mon brave frère Yves
Qui s’y connaissait.



*
* *


Là-dessus et non sans grâce,
Il repasse
Son habit à Zola,
Puis il va revoir sa veuve
Près du fleuve
Qu’on nomme Bitazola. (1)


R.P
le Courrier Français - 17 avril 1892

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(1) on dit aussi Bidassoa

23 sept. 2007

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LE VIN DU PAPE
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Ce pape me plaît à verse
Qui, dans un accord divin,
Sait joindre à son saint commerce
Celui de marchand de vin.

Savez-vous rien de plus digne ?
Epandre sous le ciel bleu
L’auguste sang de la vigne
Avec le verbe de Dieu !...

Mais laissons là le pontife,
Parlons du marchand de vin :
Une chose m’ébouriffe
Toujours d’un marchand de vin,

Et je me demande, comme
Le sage Khèyam, souvent :
Que peut acheter cet homme
De meilleur que ce qu’il vend ?



Ecoutez, buveurs insignes :
Vous pensiez, ô pauvres fous,
Que le Pape avait des vignes
Superlatives ?...J’ t’en fous !

Pontificales ! Papales !
Qui suaient un vin en or
Digne de Sardanapales
Non seulement, mais encor

Apte à rosir son ciboire ;
Si bien que vous vous disiez :
Dieu ! que l’on voudrait en boire,
En tapisser son gosier !


Un vin formidable, insigne,
Tel qu’il n’en est de meilleur,
Sinon peut-être en la Vigne
Eternelle du Seigneur.

Buvez sur vos deux oreilles,
Quittez ces rêves dorés
Et ne songez plus aux treilles
Du Pape, car vous saurez

Que sa vigne est ridicule.
Chétivement elle croît
Dans le vague crépuscule
D’un Vatican morne et froid

Et le long d’un mur morose
Comme un air d’accordéon.
Autant vouloir qu’une rose
Pousse au sein de l’Odéon.


Il en tire quelques litres
D’un vin aigre, âpre, dur, sur
A faire grincer des vitres,
Et bleu gendarme à coup sûr ;

Une quelconque vinasse,
Un suresnois picolo
Qui appelle la grimace
Comme quand on boit de l’eau,

Une piquette hérétique,
Un infâme reginglard
Sans âme, sans esthétique,
Sans rien là, tel Abélard,

Et bon à salir la nappe
Tout au plus d’un cabaret ;
Jamais la gueule du Pape
Ne s’en accommoderait.

N’en voulant pas pour sa table,
C’est pourquoi le vieux barbon
Vend ce vin si lamentable
Pour s’en acheter du bon.




Raoul Ponchon
le Courrier français - 06 nov. 1892

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13 sept. 2007

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RENTRÉE du PÉTOMANE


Dilettantes de la musique,
O Parisiens de Paris,

Il est rentré l'artiste unique
dont votre coeur est tout épris,

Celui qui, sans ouvrir la bouche
Assez même pour dire zut
Ou laisser passer une mouche,
Pousse cependant de tels ut ;

Bref le fin ténor frais et rose
Qui possède une telle voix
Qu'à l'instar d'une rose éclose
Il charme deux sens à la fois.

Le revoici. Longtemps vous fûtes
Très peu rassurés sur son sort :
Vous le crûtes fini ; des brutes
Pensèrent à le dire mort.

Certains le disaient en tournée
Avec Schurmann ou bien Gunsbourg,
Tantôt en nouvelle-Guinée
Et tantôt à Saint-Petersbourg ;

D'aucuns prétendaient que Silvestre
L'avait adopté pour larbin ;
D'autres qu'il était chef d'orchestre
Dans la musique à Béhanzin ;

Ceux-ci l'envoyaient vent arrière
Jouir avec tranquillité
- Après sa trop courte carrière -
D'un repos pourtant mérité.


Tous ces bruits - disons-le bien vite -
Etaient des bruits sans fondement :
Il soignait une laryngite
Dans le Midi, tout simplement.

Or, le voilà guéri, le tendre
Et délicat chanteur ; bravo !
Et ce soir l'on pourra l'entendre
Dans son répertoire nouveau.

Mais ce qui l'émeut, quoi qu'il fasse
Pour s'en défendre, croyez bien,
C'est de retrouver fesse à face
Son cher public parisien.


- J'ai longtemps parcouru le monde
(Dit-il) qui ne m'a pas compris ;
C'est ma conviction profonde
Qu'il n'est public que de Paris. -

Que le pauvre homme se rassure :
Il retrouvera cette fois
Le même succès, car je le jure
Qu'il est plus que jamais en voix.

Une chose me stupéfie
Cependant, c'est que - me dit-on -
Pendant sa longue maladie
Il est devenu baryton.


Raoul Ponchon
Le Courrier Français
20 nov. 1892
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