6 mai 2026

 




PORTRAIT de PONCHON par VERLAINE
janvier 1890

dessin de F A Cazals





8 mars 2026


LE NEZ VIOLET
Jean Richepin
LE JOURNAL - 25 NOV. 1896


Ponchon, grand nez-cullotiste !
Nez de rubis, singe-nous !
Un genou
Devant le nez d'améthyste.


 

15 mai 2024


GEORGES BREITEL
1888-1967
Cyrano - 07 mai 1932



 Georges Breitel, dit BiB, est un dessinateur et caricaturiste français 
qui travailla pour des journaux illustrés
 tels La Rampe, Les Annales, Gringoire, La Vie parisienne, Le Charivari .




16 févr. 2024

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FOURRURES
(CONTE BULGARE)
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Or, une chatte, étant restée
Veuve avec deux ou trois chatons,
Un beau jour, toute contristée,
Leur tint ce propos : « Mes fistons,


« Vous voilà devenus des hommes,
- C’est une façon de parler, -
Le Seigneur, bêtes que nous sommes,
Nous garde de leur ressembler !

« Vous voilà grands, voulais-je dire,
Et forts, et je lis dans vos yeux
Que l’aventure vous attire,
Et que vous rêvez d’autres cieux.

« Partez donc, si c’est votre envie,
Je ne veux pas vous retenir.
Vous saurez trouver votre vie.
Pour moi, je n’ai plus qu’à mourir.


« Voyez, je n’en mène pas large,
Je suis vieille, et je n’en puis plus ;
Je ne dois pas vous être à charge.
Surtout, pas de pleurs superflus…

« C’est là le cruel destin nôtre,
De voir nos petits, tôt ou tard,
Nous échapper l’un après l’autre !
Pauvres mères ! Ingrats moutards !

« Eh bien, que le ciel vous protège !
Allez en paix, mes chers enfants.
Hélas ! Jamais vous reverrai-je ?…
A ce penser mon cœur se fend. »

*
* ...*

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« Maman, ne te fais pas de bile,
Dirent ces petits scélérats,
Nous te reviendrons, sois tranquille,
Et puis, quand tu pleurnicheras ?…

« Ainsi, que tu l’as dit toi-même,
Nous ne sommes plus des chatons.
Ce nous est un jeu de carême
De tracasser des pelotons.

« Ton grenier ne peut nous suffire,
Et nous voulons voir du pays
A seule fin de nous instruire.
Parait qu’il en est d’inouïs,

Où l’on trouve des héritières,
Riches comme tout, notamment,
Qui pullulent sur les gouttières…
Que dis-tu de cela maman ?

« Ne seras-tu pas bien heureuse,
Quand tu reverras tes fistons,
Chacun avec son amoureuse
Et ses beaux rejetons ?


« Enfin, si le Destin nous leurre,
Si tu ne noue revois ici,
Ne t’en prends qu’au Maître de l’heure,
Et ne te mets pas en souci.

« Car, en de superbes vitrines,
Nous nous retrouverons, parbleu,
Chez le marchand de… zibelines,
Si ce n’est point de renard bleu ! »
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RAOUL PONCHON
Le Journal
24 fév. 1913


15 févr. 2024

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L’ELEPHANT
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J’ai vu dans un cirque bête
Un excellent éléphant
Jouer, la trompe en trompette,
Ainsi qu’un petit enfant.


Je dis jouer… c’est possible,
Mais à dormir tout debout :
Son désir étant visible
De ne pas jouer du tout.

Une espèce de crapule,
Homme de corde et de sac,
Vrai pygmée auprès d’Hercule,
Si vous voulez, son cornac,

A grands coups de chambrière
Le faisait évoluer
Ci, delà, devant, arrière,
Voire valser, saluer.

Il ne s’en souciait guère ;
Ce lui était, je le crois,
A peu près comme un cautère
Sur une jambe de bois.

Il n’en était pas moins triste
De voir le pauvre animal
Au milieu de cette piste
Se donner autant de mal.

A l’instar d’une levrette,
Il faisait des bonds, des sauts,
Il allait à bicyclette,
Et passait dans des cerceaux.


Quelquefois, sur son derrière
Se dressait ce monument,
Et l’eussiez dit en prière :
C’était pénible, vraiment.

Tout cela, je vous demande
Un peu, lecteurs de mon coeur,
Pour amuser sur commande
Mille idiots spectateurs.

Certes, ou, si je me trompe ?
Cette noble bête aurait
Pu d’un revers de sa trompe
Réduire l’homme en cotrets,

En faire une chose morte
Comme un livret d’opéra,
Un cadavre qu’on emporte…
Espérons que ça viendra.


* ...*

Le Peuple est pour ainsi dire
Ce pachyderme bénin.
Il se laissera conduire,
En général, par un nain

Qui l’abrutit et l’épate
Avec des mots longs de ça…
Qui lui fait donner la patte,
Jusques au beau jour où sa

Longanime patience
Est au bout de son rouleau ;
Lors, il reprend conscience
De sa force et dit : salaud !


Et soulevant son bonhomme
En n’y mettant que deux doigts,
Lui brise la tête comme
Une coquille de noix.


RAOUL PONCHON
le Courrier français
24 mars 1901
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14 févr. 2024

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C’EST LA FAUTE A L’ELEPHANT
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Il me revient en mémoire
D’avoir lu je ne sais où,
Dans quelque antique grimoire,
Traduit, je crois, de l’indou…

Que la nôtre pauvre Terre
N’était pas un corps flottant,
De son soleil tributaire,
Comme à tort on le prétend.

Qu’elle repose, au contraire,
Sur le dos d’un éléphant.
Assertion téméraire
De ce grimoire esbroufant,

Qui n’ajoute qu’au problème,
Et le rend plus byzantin.
Car, où pose-t’il lui-même
Cet éléphant clandestin ?…


Moi, lecteur, qui tout ignore,
Et jusqu’au jour de ma mort
Prétends l’ignorer encore,
J’accepte, de prime abord,

Cet humble mythologie,
Plutôt que de me flanquer
Une atroce névralgie
A vouloir rien expliquer.

 
*



En admettant l’hypothèse
De ce monstre, notre appui,
On peut, beaucoup plus à l’aise,
Se rendre compte aujourd’hui


Des causes de ces désastres,
Et de ce sol saccagé
A faire pleurer les astres :
C’est que le monstre a bougé.


Que si tout s’écroule ou flambe,
C’est qu’il avait, comme on dit,
De la fourmi dans les jambes,
Et qu’il se les dégourdit.


Notre absurde taupinière
Est - quant à… monsieur il plaît, -
A la merci journalière
D’un frisson de son mollet.


Mais, en notre humeur trop prompte
Quand nous voyons tel chaos,
Nous le mettons sur le compte
Du Gentilhomme d’en Haut.


Pour quelles raisons ultimes,
Ce Dieu, dont je fais mon Dieu,
Ferait-il tant de victimes,
Et par quel horrible jeu ?


Le système d’une brute
Est plus plausible, en effet,
Que d’un Seigneur qui culbute
Le monde après l’avoir fait.

Aussi, pauvre espèce humaine,
J’aime mieux croire - entre nous, -
Que le seul Dieu qui nous mène
C’est l’Eléphant du dessous.


Si donc, on veut voir un terme
A ses mouvements nerveux,
C’est à ce vieux pachyderme
Qu’il faut adresser nos vœux.



RAOUL PONCHON
le Journal
23 avr. 1906
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20 mai 2023

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EAUX et AUTRES
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J’ai reçu le Journal avec les lignes ci-dessous soulignées au crayon rouge :
« Guides Joanne : monographie du Mont-Dore, la Bourboule et St Nectaire, 1 fr. »


A mon ami Charles Archbold.

Un bon fumiste, en vérité,
S’est fichu de ma boule,
En me conseillant, cet été,
Les eaux de la Bourboule
.

C’est vrai qu’il me permet aussi
Celles de Saint-Nectaire,
Et du Mont-Dore, Dieu merci !
Selon… mon caractère.


Il est gai, le bougre ! Après ça,
C’est peut-être un brave homme
De lecteur qui s’intéresse à ma santé ;
Car, en somme,

Je ne puis guère m’attarder
A cette conjecture
Qu’il veuille me recommander
Une simple lecture…


N'importe. Il me plongea d’abord
Dans une gaîté dense
Ce conseil généreux, rapport
A la coïncidence…



Je dois vous dire tout à trac,
Qu’à l'heure où je vous parle,
Je fais ma cure à Bergerac
Avec mon ami Charle ;

Cet homme des temps préhistos,
Aussi bon qu’il est brave
M’administre dans des cristaux
Tous les vins de sa cave.


Il m’en gorge matin et soir.
Ah ! mon Dieu que je souffre !
A peine ai-je un temps pour m’asseoir,
Sapristi ! bigre ! bouffre !


Or donc, c’est pendant que j’étais,
L’autre jour, à sa table,
Et qu’à plein verre je tétais
Son vin indiscutable

Un de ces jolis crus amis
Sans haine et sans colère,
Que le Journal me fut remis
M’incitant à l’eau claire.


Cela nous amusa beaucoup,
Ça tombait à merveille !
Ma foi, nous en bûmes du cou
Une vieille bouteille

De vin point du tout hasardeux.
Voire - pourquoi m’en taire ? -
Nous en foutîmes tous les deux
Trois bouteilles par terre.


Ça valait bien ça, Dieu vivant !
Ou je deviens maboule.
Non, mais, me voyez-vous buvant
Des eaux de la Bourboule ?

Non, n’est-ce pas ? Et, me prend-il,
Ce conseiller perfide,
Pour un dont le corps en péril
Est usé, vieux et vide ?

Je ne suis plus jeune, c’est vrai.
Mais quoi ! pas davantage.
Et je puis encore, à mon gré,
Jouer mon personnage.


Et je dois ma belle santé
Au sang pur de la vigne
Par qui le mien est enchanté,
Et dans mon cœur trépigne.

Il ne m’est jamais arrivé
De boire de l’eau claire :
Je m’en suis toujours bien trouvé.
Que voulez-vous y faire ?

Je dis que croire à la vertu
De l’eau, c’est grand’ faiblesse :
Autant prendre un bouillon pointu,
Le gosier ne s’y blesse.

Boire de l’eau ! Quand hier encor
Le docteur Chantemesse,
Dont j’écoute le verbe d’or
Comme je fais la messe,


Me disait : « Garde-toi de l’eau
Ainsi que de la peste ;
Bois du vin, c’est plus rigolo,
Et fiche-toi du reste ! »

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RAOUL PONCHON
Bergerac, 2 juillet
Le Journal

05 juillet 1897
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18 mai 2023

Mais enfin, qu'ai-je fait ?


Le bon poète Raoul Ponchon, tout comme son ami Jean Richepin, mais à moindre frais, connut un jour, les honneurs de la police correctionnelle.

La Gazette rimée du 13 septembre 1891, intitulée " Vieux Messieurs " et inspirée par de bruyants et récents scandales de moeurs, détaillait avec quelque précision et raillait les spectacles d'orgie et de débauche malpropre dont se repaissaient avidement quelques vieillards millionnaires, impuissants et libidineux.
Mais de ces spectacles décrits en vers avec une verve toute gauloise par Raoul Ponchon s'offusqua l'austérité traditionnelle du Parquet.
Et le 20 janvier 1892, le poète du Courrier Français comparut devant la 9ème chambre correctionnelle du tribunal de la Seine.
...
Raoul Ponchon est condamnée à un jour de prison avec sursis et à deux cents francs d'amende ...

Alexandre Zevaes


Voici cette fameuse Gazette :



VIEUX MESSIEURS
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C’était une maison quelconque, dans un coin,
Sans rien de pittoresque
Qu’un très gros numéro qui se voyait de loin,
Tel un séant tudesque,

La maison où j’entrai, sur la foi du Gil-Blas,
Pour finir mes études,
A la fin d’obtenir de dame Babylas
Mon brevet d’aptitudes.

Une fois introduit en cet intérieur,
Me dit cette volige :
« Voulez-vous assister au cours supérieur ?
- Bien sûr », lui répondis-je.

Lors elle m’installa sans perdre un seul instant
Derrière une lucarne
Par laquelle je vis - me sembla - s’agitant
Une confuse carne ;

Comme des asticots perdus dans des brouillards,
Enfants, vieillards et femmes
Charognaient à l’envi, faisaient leurs débrouillards
En des coïts infâmes.

Et je vis d’abord un macrobien pourri
En peignoir blanc et rose
- Telle dans un sérail une jeune hourri -
La paupière mi-close ;


Et tandis qu’on lui façonnait à la main…
Des cigarettes turques,
Des éphèbes vêtus seulement de carmin
Lui dansaient des mazurques.

Un autre sur un lit se faisait inculquer
Une étrangère langue,
On l’entendait gémir, suer et suffoquer
Et devenir exsangue.

Celui-ci réclamait un peu de bon lolo,
Alors une chamelle
Sans nul rapport avec la Vénus de Milo
Lui tendait sa mamelle.

Celui-là reniflait avec des grognements
De volupté béate,
Des linges anciens, de futurs lavements,
De récente charpiate.

J’en vis un affamé plus que l’est un moineau,
- Voilà qui tient du diantre ! -
Qui me parut manger tout simplement une o-
-Melette avec son ventre ;

Un autre se faisait lécher du haut en bas
Ainsi qu’une tartine,
Cependant qu’une garce ayant gardé ses bas
Lui lisait Lamartine.

Des vieillards bien plus vieux qu’on ne peut souhaiter,
A terre, à quatre pattes,
Poussant de petits cris et se faisant fouetter,
Couraient comme des blattes.


Quelques-uns plongés plus avant dans un coma,
De leurs tristes lavettes
Goulûment comme ils eussent fait le pur Sôma
Buvaient l’eau des cuvettes ;

Qu’est-ce que vous voulez, après tout, mon Dieu, c’est
Pour que rien ne se perde ;
Car quand je m’en allai, cet autre commençait
A manger de la merde.



Raoul Ponchon
Courrier Français
13 sept. 1891
La Muse frondeuse



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LE JUGEMENT


Voici l'article du Courrier Français du 24 janvier 1892 relatant le jugement de Raoul Ponchon avec la plaidoirie de l'avocat. Dans le numéro du 29 novembre précédent Ponchon fut condamné à 15 jours de prison et 1000 francs d'amende. Mais sur son opposition, le tribunal ramena la peine, le 20 janvier 1892, à 1 jour de prison et 200 frcs d'amende, le tout avec sursis.

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16 mai 2023


LE RENARD
  

Pour Jules Renard
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Sa fourrure est poil de carotte,
Il est propre, net, bien rincé,
Il ne regarde les cocottes
Qu’avec un sourire pincé.
Quand il en pince une, elle est frite !
Bah ! C’est bien tout ce qu ‘elle mérite ;
Rien n’est bête comme une poule
Si ce n’est deux poules.

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Il la dépiote, la plume,
Tant pis si elle s’enrhume
Puis il prend une de ses plumes
Qui n’est pas la plus laide,
Puisque c’est celle de Tolède,
Avec laquelle
Il écrit sa propre histoire naturelle
Qu’il signe Jules.
Bravo, Jules !



RAOUL PONCHON
le Courrier Français - 02 déc. 1895.