16 mai 2021

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PREVOIR !
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Paris est si vite fangeux,
Par temps de pluie ou temps neigeux,
Qu’auprès de lui les écuries
D’Augias, en l’Antiquité,
Célèbres pour leur saleté,
N’étaient que pelouses fleuries.


Si bien que le Parisien
Encore que stoïcien,
Sent, à la fin, l’hydrophobie
Petit à petit l’envahir,
Et n’a qu’un désir, c’est de fuir
Vers quelque âpre Sénégambie.

Vous allez voir, à ce propos,
Nos conseillers municipaux,
Un jour de cette ordure vile,
Et leur dites : « O conseillers !
N’est-ce donc pas vous qui veillez
A la propreté de la Ville ?

« Si fait. Et pourquoi hissez-vous
Cette boue où jusqu’aux genoux
Toute une journée on enfonce ?
Où sont vos boueux ? Vos balais ?…
Que disent-ils ?… Ecoutez-les,
C’est toujours la même réponse.


« Nous sommes pris au dépourvu,
Ce temps-là n’était pas prévu.
Que diable ! On n’est pas des sorcières. »
Evidemment, c’est à noter.
Mais faut-il donc nous contenter
De défaites aussi grossières ?

Mais votre tout premier devoir
Est précisément de prévoir
Non pas le beau temps, mais le pire,
Et d’y parer. A cet égard,
On était, même à Vaugirard
Beaucoup mieux servi sous l’Empire.

Il est inutile, en effet,
De constater le temps qu’il fait,
Faut prévoir celui qu’il peut faire,
Et surtout, en cette saison
D’hiver, pleine de trahisons,
Qui turlututu notre atmosphère.

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* ...*



Prenons une autre question…
Celle de l’inondation,
Par exemple - mêmes histoires ;
Ils ont pris des précautions,
Je l’affirme, sous caution,
Mais uniquement… oratoires !

Voyez la Seine, en ce moment,
Monte, et comme précédemment
Son lit n’est pas assez concave ;
Elle va bientôt divaguer,
Il sera beau de l’endiguer
Quand elle sera dans nos caves !

*
* ...*



Mais, que voulez-vous ? ces messieurs
Sont d’eux-mêmes plus soucieux
Que nos multitudes viles ;
Aussi se sont-ils augmentés,
A l’instar de nos députés,
Pour nous conserver des édiles ;

Cela rappelle ce vilain
Et dantesque sire Ugolin,
Muré dans une tour sévère,
Qui, plutôt que mourir de faim,
Dévora ses enfants afin
De leur conserver leur vieux père.


RAOUL PONCHON
Le Journal
12 janv. 1914



12 janv. 2021

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L'ILE AUX RICHES
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Il est une île par le monde
Où tant de confortable abonde
Que c'en est vraiment dégoûtant.
Elle est, cette île chimérique,
Sise non loin de l'Amérique,
Ce pays des orangs-outangs.

Ses habitants sont des compères
Qui, toujours heureux et prospères,
Dans les pétroles et les lards
Ont fait, comme l'on dit, leur beurre
Et qui jouissent à cette heure
D'un nombre absurde de dollars.

C'est... Vanderbilt le magnifique...
Mackay, la caisse apoplectique...
Gould dont le nom signifie Or ;
C'est ce cher Rockfeller encore
Dit le Coffre-fort-qui-s'ignore...
C'est l'âpre Cushing... c'est Astor !...

Loin de ces richards que l'or crêve
Se chiffrant au delà du rêve
Si l'on n'en dit que la moitié,
Il parait que Rothschild lui-même
N'est qu'un détestable bohème
Dont la misère fait pitié.


Donc, en cette île fortunée,
Pendant quelque mois de l'année,
Tous ces nababs et ces Crésus
Se retirent loin de l'Affaire...
Je veux dire loin des affaires,
Des mines d'or, des omnibus.

Ils habitent des palais rares
Qui ne sont qu'onyx et carrares,
Et réunissent à ce point
Les derniers cris du confortable
Que tu leur foutrais pour étable...
Rambouillet, ils n'en voudraient point.


Et qu'y font-ils de leurs journées ?
Les distractions sont bornées,
Voire même en ce métier-là,
Et sur cette terre promise.
Que voulez-vous que je vous dise ?...
Ils mènent un grand tralala...

Ils y virent et tournevirent,
Pour avoir tout ce qu'ils désirent
Leur suffit d'un geste - dit-on :
Si même il leur prend fantaisie
De faire de la poésie,
Ils n'ont qu'à tourner un bouton.

Ils dorment, ils boivent, ils mangent...
Se grattent où ça leur démange,
Que diable vous faut-il de plus ?
Ils fument d'énormes cigares,
Probable, sans vous crier gare,
Et chantent en choeur lanturlu.

Et pour ce qui est de la chose ?...
Non. Point de femmes, et pour cause.
Ils n'y pensent pas seulement.
Car puisqu'ils viennent dans leur île
Justement pour être tranquilles
Ca ne serait pas le moment.

Leur exil point ne les empêche
De recevoir mainte dépêche
De temps en temps, qui parle d'or,
Qui leur apprend que leur fortune,
Pendant qu'ils bayaient à la lune
Vient de fructifier encor.


Certains d'entre eux se réunissent ;
Ca n'est pas qu'ils s'en réjouissent,
C'est pour jouer au pick-pocker ;
Et comme le seul but, je pense
De ces messieurs est la dépense,
Celui qui perd est le vainqueur.

Il en est d'autres plus moroses,
Inaccessibles à ces proses.
Assis à l'ombre d'un bouleau,
Ils plongent de leurs mains distraites
Dans un sac rempli de pépettes
Et font des ricochets sur l'eau...


RAOUL PONCHON
le Journal
30 janv. 1899


9 janv. 2021

TE DEUS LAUDANUM


Liane de Pougy, courtisane et danseuse, "cocotte" de la Belle Époque, 
sut faire parler d'elle.
Trompée par son amant, elle "aurait" voulu mettre fin à ses jours... 
Raoul Ponchon ne manque pas d'ironie à son propos...

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La mort, une femme blanche, un peu maigre… 
(Chateaubriand. Mémoires d’O.T.) 


  Liane de Pougy, reine des élégances 
Et des jeux et des Ris, * 
Des excentricités et des extravagances, 
Idole de Paris ; 

Vous qui semblez un lys délicat sur sa tige 
Qu’un souffle briserait ; 
Vous dont le regard a pour moi plus de prestige 
Même qu’un cabaret ; 

Diane par le port, Vénus par le sourire, 
Ceinte de mille appas 
Sans compter trente encor dont je ne puis rien dire 
Ne les connaissant pas. 

D’un ancien officier supérieur ô fille, 
Dont le nom libertin 
Au Gotha parmi les plus pharamineux brille, 
Je veux dire au… Bottin ; 

Enfin, vous, notre gloire et notre amour, Liane 
Vous avez donc voulu
 Tuer en vous Vénus Aphrodite et Diane
 Au corps trois fois élu ?

Ah ! mon Dieu ! vous tuer ! pour qui ? pourquoi ? pour qu’est-ce ? 
C’est bête comme tout.
 Dites, n’aviez-vous pas de l’or plein votre caisse ? 
Des diamants partout ?


Aussi des amoureux ? Est-ce quelque nuage 
Dans votre ciel… de lit 
Qui vous fit entreprendre un aussi long voyage 
Devant lequel pâlit 

Quiconque ? Ou bien alors, victime rose et blonde, 
Si la môme Couédon 
Vous a dit de mourir pour les péchés du monde ? 
Si ce n’est ça, quoué donc ? 

Ah ! Seigneur ! Au moment que je parle, qu’apprends-je ? 
C’est pour un médecin 
Qu’en votre égarement vous voulûtes, cher ange, 
Être votre assassin ! 

Je comprendrais, à la rigueur, pour un malade, 
Mais pour un médecin ! 
C’est vraiment excessif. Mince de rigolade ! 
J’en ai mal au bassin. 

Donc, pour un médecin vous avez pris la forte 
Dose de Laudanum. * 
Heureusement pour nous vous n’en êtes pas morte. 
Te Deus laudanum ! (1) 

Ah ! quand le bruit courut dans votre bonne ville, 
O Liane au long cou ! 
Que vous aviez quitté notre planète vile, 
Ça nous foutit un coup.


Il nous sembla que la lumière était ravie 
A la notre Cité 
Comme si vous étiez qui lui donne la vie 
Son électricité. 

On alluma d’abord et crêpa les lanternes 
Et autre chose itou ; 
Les soldats furent consignés dans leurs casernes, 
On pouvait craindre tout. 

Juste à six heures les horloges s’arrêtèrent 
Puis, en signe de deuil, 
Les membres du Sénat la séance levèrent, 
Avec la larme à l’œil. 

Sans vous, vous supposez combien fut triste et morne 
Le grand steeple d’Auteuil : 
Dans un lot de sous-veaux, l’on vit le plus tricorne 
Gagner… dans un fauteuil. 


Et la Fête des fleurs ! eh bien… et la redoute 
Du Journal, chez Cubat * 
Il s’en fallut de peu que se mourant en route 
Elle ne succombât… 

Lâcher déjà la rampe à votre âge, madame ! 
Mais, vous n’y pensez pas. 
Vous n’avez pas encore rempli votre programme, 
O Liane, ici-bas. 

N’êtes-vous pas la fleur du Paris qui s’amuse ? 
N’avez-vous pas aussi 
Plus d’un auteur charmant dont vous êtes la Muse ? 
Oriane, que si !


Tenez, je me souviens, quand de vos doigts faciles 
Vous prestidigitiez, 
Ça nous semblait à nous, les pauvres imbéciles, 
Le plus art des métiers. 

Et plus tard je vous vois, en des apothéoses : 
Lors, vous m’apparaissiez 
Ainsi que ces bonbons fondants bleus, verts et roses 
Qu’on vend chez les Boissiers. *

Vous jouiez hier encor un rôle d’araignée ; 
Et c’était insensé 
A quel point vous étiez de ce rôle imprégnée ; 
Demandez à Sarcey. 

Ah ! si vous écoutiez quelqu'un qui vous conseille, 
Si vous vouliez, morbleu ! 
Faire un petit effort vous nous joueriez l’oseille, 
Je suis sûr, avant peu ! 


  RAOUL PONCHON 
Le Courrier Français 14 juin 1896 . .

(1) Je veux dire : Te Deum laudamus. Mais la rime avant tout.
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6 janv. 2021

Mais enfin, qu'ai-je fait ?


Le bon poète Raoul Ponchon, tout comme son ami Jean Richepin, mais à moindre frais, connut un jour, les honneurs de la police correctionnelle.

La Gazette rimée du 13 septembre 1891, intitulée " Vieux Messieurs " et inspirée par de bruyants et récents scandales de moeurs, détaillait avec quelque précision et raillait les spectacles d'orgie et de débauche malpropre dont se repaissaient avidement quelques vieillards millionnaires, impuissants et libidineux.
Mais de ces spectacles décrits en vers avec une verve toute gauloise par Raoul Ponchon s'offusqua l'austérité traditionnelle du Parquet.
Et le 20 janvier 1892, le poète du Courrier Français comparut devant la 9ème chambre correctionnelle du tribunal de la Seine.
...
Raoul Ponchon est condamnée à un jour de prison avec sursis et à deux cents francs d'amende ...

Alexandre Zevaes


Voici cette fameuse Gazette :



VIEUX MESSIEURS
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C’était une maison quelconque, dans un coin,
Sans rien de pittoresque
Qu’un très gros numéro qui se voyait de loin,
Tel un séant tudesque,

La maison où j’entrai, sur la foi du Gil-Blas,
Pour finir mes études,
A la fin d’obtenir de dame Babylas
Mon brevet d’aptitudes.

Une fois introduit en cet intérieur,
Me dit cette volige :
« Voulez-vous assister au cours supérieur ?
- Bien sûr », lui répondis-je.

Lors elle m’installa sans perdre un seul instant
Derrière une lucarne
Par laquelle je vis - me sembla - s’agitant
Une confuse carne ;

Comme des asticots perdus dans des brouillards,
Enfants, vieillards et femmes
Charognaient à l’envi, faisaient leurs débrouillards
En des coïts infâmes.

Et je vis d’abord un macrobien pourri
En peignoir blanc et rose
- Telle dans un sérail une jeune hourri -
La paupière mi-close ;


Et tandis qu’on lui façonnait à la main…
Des cigarettes turques,
Des éphèbes vêtus seulement de carmin
Lui dansaient des mazurques.

Un autre sur un lit se faisait inculquer
Une étrangère langue,
On l’entendait gémir, suer et suffoquer
Et devenir exsangue.

Celui-ci réclamait un peu de bon lolo,
Alors une chamelle
Sans nul rapport avec la Vénus de Milo
Lui tendait sa mamelle.

Celui-là reniflait avec des grognements
De volupté béate,
Des linges anciens, de futurs lavements,
De récente charpiate.

J’en vis un affamé plus que l’est un moineau,
- Voilà qui tient du diantre ! -
Qui me parut manger tout simplement une o-
-Melette avec son ventre ;

Un autre se faisait lécher du haut en bas
Ainsi qu’une tartine,
Cependant qu’une garce ayant gardé ses bas
Lui lisait Lamartine.

Des vieillards bien plus vieux qu’on ne peut souhaiter,
A terre, à quatre pattes,
Poussant de petits cris et se faisant fouetter,
Couraient comme des blattes.


Quelques-uns plongés plus avant dans un coma,
De leurs tristes lavettes
Goulûment comme ils eussent fait le pur Sôma
Buvaient l’eau des cuvettes ;

Qu’est-ce que vous voulez, après tout, mon Dieu, c’est
Pour que rien ne se perde ;
Car quand je m’en allai, cet autre commençait
A manger de la merde.



Raoul Ponchon
Courrier Français
13 sept. 1891
La Muse frondeuse



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LE JUGEMENT


Voici l'article du Courrier Français du 24 janvier 1892 relatant le jugement de Raoul Ponchon avec la plaidoirie de l'avocat. Dans le numéro du 29 novembre précédent Ponchon fut condamné à 15 jours de prison et 1000 francs d'amende. Mais sur son opposition, le tribunal ramena la peine, le 20 janvier 1892, à 1 jour de prison et 200 frcs d'amende, le tout avec sursis.

pour une meilleure lecture, cliquez sur les images







3 janv. 2021

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LA " GALETTE DES ROIS "
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Sans que je remonte à Eve,
Il me souvient qu'autrefois
On insérait une fève
Dans la "Galette des Rois"...


Fève, pourquoi ? Je l'ignore.
Il faudrait évidemment
Interroger le folklore
Sur cet usage charmant.


Or, depuis quelques années,
Par ces messieurs boulangers,
Les fèves sont condamnées.
Aujourd'hui ces enragés

Ont horreur de cette graine,
Et vous la remplacent par
Un bébé en porcelaine,
Qui m'est un vrai cauchemar.

Et le mien de gindre est pire
Que tous les autres encor.
Si vous voulez bien me lire,
Vous en tomberez d'accord.

" Que le grand Diable me crève,
Si je trouve dans Paris,
Me disait une fève
Qui ne soit pas hors de prix ! "


J'acceptais cette défaite
Pendant longtemps.. Et puis,
Toute réflexion faite,
Un jour, qu'est-ce que je fis ?

J'achetai, dans la banlieue,
Un terrain - oh ! pas bien grand...
Soit d'un dixième de lieue
En carré, pour être franc.

Et j'y semai de la fève,
Fin Mars, je n'ai pas besoin
De vous dire. Ah ! quel rêve
Ce fut vers la fin de Juin.

Grâce à la température
De ces trois mois, sans sursauts,
J'eus des rêves, je vous jure,
De quoi remplir cent boiseaux !


Six mois après ou tout comme,
La veille du Jour des Rois,
J'allai trouver mon bonhomme
Avec mes cent boisseaux. - " Vois,

" Lui dis-je, voici des fèves
En quantité, comme tu
N'en vis jamais dans tes rêves.
Ecoute bien, vieux têtu !

" Tu voudras bien en mettre une
Dans ma galette, demain,
Ou, j'en atteste la Lune,
Tu périras de ma main.

" Je t'abandonne le reste.
Donne-les à tes souris...
Quant à moi, je m'en déleste,
Est-ce compris ? " - " C'est compris. "

J'aurai ma fève, sans faute,
Pensais-je en me retournant.
Mais je comptais sans mon hôte.
Croyez-vous que le manant



Mit encor dans ma galette,
Comme les ans précédents,
Sa porcelaine indiscrète,
Et je m'y cassai trois dents !

Qu'auriez-vous fait à ma place ?
Pour moi, je n'hésitai pas :
Car j'allai, de guerre lasse
Le massacrer, de ce pas.

Traduit devant les assises,
Certes, je fus acquitté.
Et s'il faut que je précise,
Oh ! combien félicité !


RAOUL PONCHON
le Journal
6 janvier 1908

1 janv. 2021

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JANVIER
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Avril, l’honneur et des mois
Et des bois,
Avril, la douce espérance
Des fruits qui sont le coton
Du bouton
Nourrissent leur jeune enfance.

( Rémy Belleau ) *
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Janvier, l’horreur et des mois
Et des bois,

Janvier, qui fais que l’année
Débute, on ne sait pourquoi,
Iroquoi-
Sement par être fanée ;

Janvier, terreur des lézards,
Des musards
Qui, sous ton ciel taciturne,
Déplorent ce long sommeil
Du Soleil,
Cachés au fond de leur turne ;

Janvier, l’effroi des oiseaux
Et des eaux
Dont les petites voix douces
S’arrêtent de gazouillir,
De jaillir
Jusques aux premières pousses ;
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Janvier, tu es un torchon,
Un cochon,
Ou, si tu veux, une truie :
Et tu ne sais même pas
Si tu vas
Nous ch… vent, neige ou pluie.

Tu souffles vilainement,
Méchamment
Et sans chalumeaux d’aveines,
La peste et le choléra,
…t’coetera…
Dans le sang pur de nos veines ;

Tu nous fripes le gosier ;
De l’osier
De tes autans tu nous cingles,
Et nous lardes tour à tour
Tout autour
De cent millions d’espiègles ;

Tellement que pour me re-
mettre un peu,
Moi, qui suis un homme sobre,
Il me faut chez le bistro
Boire trop
Du jus chaleureux d’Octobre.



Tout ça ne serait trop rien,
Crois-le bien,
Je n’en souffre outre mesure,
Si tu n’acharnais, fougueux,
Sur les gueux
Ton effroyable morsure.

De Décembre la vertu
- Diras-tu -
Ne te semble pas bien vive,
Et souvent plus meurtrier
Février
Vous met un homme à la rive ?…


Mais Décembre, s’il est froid,
C’est son droit,
Puisqu’il termine l’année,
Il ne saurait être un mois
A la fois
D’âme jeune et surannée ;

Quant au futur Février,
O Janvier !
- Et déjà ma plume en tremble -
Je l’engueulerais aussi,
Dieu merci !
Pour si peu qu’il te ressemble.



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
24 janv. 1897
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