6 juil. 2008

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LA TRES-JOCONDE
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1913 : retour de la Joconde *

Grâce au ciel, nous allons revoir
Dame Lise, si belle à voir,
Cette Joconde, sans seconde,
La seule authentique, en effet,
Que pour son sourire parfait,
Nous nommerons la Très-Joconde.

Nous en fîmes un tralala,
Le jour que l’on nous régala
Sa disparition stupide.
D’aucuns en perdirent l’esprit,
Et d’autres n’ont-ils pas écrit
Que, du coup, le Louvre était vide ?

Ses fidèles disent à ça :
Vous saurez que Mona Lisa
Tout ce qu’on peut dire sur elle
N’est rien encore, et son portrait
Possède, comme qui dirait,
Une vertu surnaturelle.

Une fois le Louvre fermé,
Des gardions ont affirmé,
Et cela de sorte absolue,
Qu’à chaque instant, elle sortait
De son cadre, et se baladait.
Si nous n’en avons pas la berlue -


Disaient-ils. J’allais oublier
Qu’ils la virent parfois ciller
Ce qui me semble inadmissible,
Vu - j’en appelle au plus subtil -
Qu’elle n’a pas le moindre cil,
Mais après tout c’est bien possible.

Car ce merveilleux Léonard,
Inimitable dans son art
Ainsi qu’en tout autre industrie,
En outre, comme chacun sait,
Chez ses contemporains passait
Pour être expert en diablerie.

*
* ...*


Quoi qu’il en soit, plus de souci,
Notre Joconde, Dieu merci !
Va rentrer dans la capitale,
Après trois ans d’évasion,
Ce nous sera l’occasion
D’une fête nationale.

Déjà, judicieusement
Les membres du gouvernement
En ont arrêté le programme,
Qui, tout d’abord comptera
Une séance à l’Opéra,
Un Te Deum à Notre Dame.


Je ne sais quel mandarin
Ira la prendre au saut du train,
Au son du luth et de la harpe
Et pour corser le branle-bas,
Croyez qu’il n’y manquera pas
Le raffût… de Saint Polycarpe.

Les troupes l’accompagneront.
Des jeunes filles sèmeront
Sur ses pas des lys et des roses
Jusqu’au Louvre inclus. Après quoi
C’est un banquet, ça va de soi,
Que des vins généreux arrosent.

Après les discours, un concert
Agrémentera le dessert,
Des vers seront dits par un barde
Officiel, tandis que des
Métachoreutes brevetés
Esquisseront la très-moutarde.


*
*... *


Au fond, que l’on soit curieux
De la Joconde et de ses yeux,
Encore qu’on nous les ressasse,
Je le trouve fort bien aussi.
Mais que ferait-on de plus si
Guillaume nous rendait l’Alsace ?


RAOUL PONCHON
Le Journal
22 déc. 1913

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