3 juil. 2008

.
.
.

PREVOIR !
.

Paris est si vite fangeux,
Par temps de pluie ou temps neigeux,
Qu’auprès de lui les écuries
D’Augias, en l’Antiquité,
Célèbres pour leur saleté,
N’étaient que pelouses fleuries.


Si bien que le Parisien
Encore que stoïcien,
Sent, à la fin, l’hydrophobie
Petit à petit l’envahir,
Et n’a qu’un désir, c’est de fuir
Vers quelque âpre Sénégambie.

Vous allez voir, à ce propos,
Nos conseillers municipaux,
Un jour de cette ordure vile,
Et leur dites : « O conseillers !
N’est-ce donc pas vous qui veillez
A la propreté de la Ville ?

« Si fait. Et pourquoi hissez-vous
Cette boue où jusqu’aux genoux
Toute une journée on enfonce ?
Où sont vos boueux ? Vos balais ?…
Que disent-ils ?… Ecoutez-les,
C’est toujours la même réponse.


« Nous sommes pris au dépourvu,
Ce temps-là n’était pas prévu.
Que diable ! On n’est pas des sorcières. »
Evidemment, c’est à noter.
Mais faut-il donc nous contenter
De défaites aussi grossières ?

Mais votre tout premier devoir
Est précisément de prévoir
Non pas le beau temps, mais le pire,
Et d’y parer. A cet égard,
On était, même à Vaugirard
Beaucoup mieux servi sous l’Empire.

Il est inutile, en effet,
De constater le temps qu’il fait,
Faut prévoir celui qu’il peut faire,
Et surtout, en cette saison
D’hiver, pleine de trahisons,
Qui turlututu notre atmosphère.

*
* ...*



Prenons une autre question…
Celle de l’inondation,
Par exemple - mêmes histoires ;
Ils ont pris des précautions,
Je l’affirme, sous caution,
Mais uniquement… oratoires !

Voyez la Seine, en ce moment,
Monte, et comme précédemment
Son lit n’est pas assez concave ;
Elle va bientôt divaguer,
Il sera beau de l’endiguer
Quand elle sera dans nos caves !

*
* ...*



Mais, que voulez-vous ? ces messieurs
Sont d’eux-mêmes plus soucieux
Que nos multitudes viles ;
Aussi se sont-ils augmentés,
A l’instar de nos députés,
Pour nous conserver des édiles ;

Cela rappelle ce vilain
Et dantesque sire Ugolin,
Muré dans une tour sévère,
Qui, plutôt que mourir de faim,
Dévora ses enfants afin
De leur conserver leur veux père.


RAOUL PONCHON
Le Journal
12 janv. 1914



Aucun commentaire: