8 oct. 2007

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Boumboum

Il faudrait à Berg-op-Zoom
*
Etre dans son lit, malade,
Pour n'avoir pas vu Boumboum
Le nègre de l'Esplanade.

A peine d'hier venu
Ce bamboula sans mélange
Est aujourd'hui plus connu
Que le loup blanc et Boulange.

De tous les négros d'ici
- Suis-je dupe d'un mirage ? -
C'est certainement lui qui
Se sert du meilleur cirage.

Comme il n'a pas de faux-col
Excepté les jours de fête,
On ne peut savoir - dit Scholl
Au juste d'où part sa tête.

Ce noir produit des Gabons
Ou des Soudans tient boutique
D'on ignore quels bonbons
De source problématique.

Déjà chez les Bédouins
Il exerçait ce commerce,
Mais comme il le trouvait moins
Brillant que le Shah de Perse,

- A cause, vous comprenez
De la riche concurrence -
Comme le bougre a du nez
Il vint l'exercer en France.

*
* *


Donc, ce pratique Boumboum,
Cet être affamé de lucre
Qui semble son propre groom,
Armé d'une pince à sucre,

Du matin jusques au soir
Vend, sans même une seconde
Avoir le temps de s'asseoir,
Une flore sans seconde

De fruits confits variés,
Bien moins étrangers qu'étranges,
De nougats avariés
Et de pelures d'oranges ;

D'innomables berlingots,
De jujubes, de guimauves
Faits avec des escargots
Cueillis au pied des murs chauves ;

De bonbons en papier peint
De nuance purpurine,
Et de crottes de lapin
Qu'on roule dans la farine.


*
* *

" - Boumboum ! " dit-il. Et voici
Qu'il découvre une mâchoire
Terrible qui luit ainsi
Qu'un éclair dans la nuit noire.

Boumboum ! C'est dire : bonbon,
Je pense - tout me l'indique, -
C'est-à-dire deux fois bon,
Deux fois bon pour la colique.

" - Boumboum ! " hurle Bamboula
En ouvrant un four farouche,
Au point qu'on se dit : il va
Tomber dans sa propre bouche ;

" - Boumboum ! " bonbons à liqueur
Et pâtes à la pommade
Qui vous soulèvent le coeur,
Qui rendraient un mort malade ;

" - Boumboum ! " Faites votre choix,
Madame. Et sa vente est telle
Qu'il n'a pas asez de doigts
Pour servir sa clientèle.

Heureux Boumboum !

*
* *


Mais voilà :
Quand on sut que les affaires
De notre bon Bamboula
Devenaient des plus prospères,

Il nous vint des moricauds
De cent milles à la ronde,
Des Sénégals, des Congos
Et de l'autre bout du monde ;

Il nous en vint de Karthoum,
Il en tomba de la lune
Qui vendirent du boumboum
Afin de faire fortune ;

Et c'est ainsi que depuis,
Ces " boumboums " nous font confire
Tant d'exotiques produits,
Que POTIN n'y peut suffire



RAOUL PONCHON
le Courrier Français
15 sept. 1889





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