17 déc. 2008

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LE VOL DE LA JOCONDE
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Dès qu’il sut que la Joconde,
La merveille sans seconde (?)
Du Louvre avait disparu,
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Lépine, avec sa cohorte
De sbires de toute sorte,
Aussitôt est accouru,

Suivi de Monsieur Homolle,
Œil inerte et jambe molle,
Et de Dujardin-Beaumetz,
Qui des Beaux-Arts est le prince,
Et revenu de province
Tout exprès par train express
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Et puis ce fut Bénédite,
Et quand toute cette élite,
Y compris Steeg et Hamard,
Fut devant le panneau vide,
Elle demeura stupide,
Dardant des yeux de homard.

« Ah ! Mon Dieu ! Quel vol macabre !
Voilà qui m’m’abracadabra
- Disait Dujardin-Beaumetz,
En son langage d’esthète -
C’est à se mâcher la tête !
O tempora ! O mores ! »

« Je le dis sans réticence,
C’était de la quintessence
De peinture - affirmait Ste -
Cette Joconde maudite. »
« Fichtre ! Ajoutait Bénédite -
Vous pouvez dire un Liebig ! »
*

« Hé ! Messieurs, - leur dit Lépine -
Ce vol aussi me chagrine ;
Mais nous gémirons plus tard.
Fouillons tout d’abord le Louvre
Il se peut qu’on La découvre. »
- « Parfaitement », fit Hamard.

Donc, des semaines entières,
Des sous-sols jusqu’aux gouttières,
Ils farfouillèrent partout,
Et firent des découvertes
Suggestives, à quoi, certes,
Ils ne s’attendaient du tout.

C’est ainsi qu’à chaque étage,
Ils trouvèrent des ménages
De concierges, retraités
Depuis le second Empire ;
Et, ce qui leur sembla pire,
Des veuves de députés.

Ils rencontrèrent encore,
A l’ombre du sycomore,
Un jardinier sur les toits,
Qui, tout en fumant sa pipe,
Souriait à ses tulipes,
En ramant ses petits pois.

Puis ce fut une fabrique
De brosses en poils de brique ;
Et du charbon et du bois !
A confondre la pensée,
De quoi rôtir le Musée
Septante fois et sept fois !

Enfin, ô comble des combles !
Ils notèrent sous les combles,
Entre autres objets divers,
Tels ceux de la foire aux puces,
Emmi des chaussettes russes,
Des tableaux mangés aux vers…

De Joconde, nulle trace.
Ils allaient quitter la place,
Quand ils virent tout à coup
Le cadre de cette « Lise » :
« Oh ! - dit Hamard - bonne prise !
Nous n’aurons pas perdu tout. »


RAOUL PONCHON

1911
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